3 août - 18ème dimanche du temps ordinaire - Clés de lecture
Publié le 25/12/2020DIMANCHE 3 AOÛT - 10h00 - MESSE à la BASILIQUE (Célébrant : Frère Serge)
Messe à 10h30 à Arc-lès-Gray - Célébrant : Abbé Jean Kita et à Valay - Célébrant : Abbé Etienne Fetel
18e dimanche du temps ordinaire – Sans Dieu, les hommes sont centrés sur eux-mêmes et cherchent continuellement à combler leurs désirs terrestres. Cette perspective les incite à amasser toujours plus, sans trouver forcément davantage de satisfactions. Dieu nous invite aujourd’hui à être riches en vue du Royaume, en s’ouvrant aux autres, à l’image de son Fils.
« Et ce que tu auras accumulé, qui l'aura ? » (Luc, 12,20)
CLÉS DE LECTURE - PRIONS EN ÉGLISE
PREMIÈRE LECTURE | Qohèleth 1, 2 ; 2, 21-23
« Que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? »
La réflexion d’un sage de l’Ancien Testament peut nous paraître très pessimiste. Désemparé face à l’incapacité de l’homme de maîtriser son avenir, il nous fait entrevoir qu’il vaut mieux s’en remettre à Dieu dans la confiance.
Lecture du livre de Qohèleth (1, 2; 2, 21-23)
« Que reste-t-il à l’homme de toute sa peine ? »
Vanité des vanités, disait Qohèleth. Vanité des vanités, tout est vanité ! Un homme s’est donné de la peine ; il est avisé, il s’y connaissait, il a réussi. Et voilà qu’il doit laisser son bien à quelqu’un qui ne s’est donné aucune peine. Cela aussi n’est que vanité, c’est un grand mal! En effet, que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? Tous ses jours sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments : même la nuit, son cœur n’a pas de repos. Cela aussi n’est que vanité. – Parole du Seigneur
Le livre de Qohèleth est malheureusement méconnu des chrétiens. Et pourtant, il est le fruit de la réflexion d’un sage sur la condition mortelle de l’homme et sur le caractère évanescent de ses projets et de son labeur. D’aucuns, d’ailleurs, le qualifient de pessimiste, voire de désabusé. Il est d’un réalisme saisissant par rapport à la « vanité » de toute chose et de toute activité humaine « sous le soleil ». Son poème (Qo 3, 1-8) sur « un moment pour tout, et un temps pour toute chose sous le ciel » est l’un des plus beaux qui soient sur le rapport au temps. Qohèleth apporte des nuances importantes sur la recherche du pouvoir, des grandeurs et de la richesse, et même celle de la sagesse, alors qu’il est conscient du sort mortel qui emporte le sage aussi bien que le fou. D’autre part, il estime que « manger et boire, et trouver le bonheur dans son travail » est une bénédiction de Dieu (Qo 2, 24)..
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PSAUME | 89
« Apprends-nous la vraie mesure de nos jours. »
Conscient de la fragilité de la vie humaine, le psalmiste demande au Seigneur de l’éclairer sur le sens de la destinée humaine. Lui qui est le maître du temps, qu’il nous fasse vivre pleinement notre présent !
Psaume 89
Refrain : D’âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge.
Tu fais retourner l’homme à la poussière ; tu as dit : « Retournez, fils d’Adam ! »
À tes yeux, mille ans sont comme hier, c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit.
Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ;
dès le matin, c’est une herbe changeante : elle fleurit le matin, elle change ; le soir, elle est fanée, desséchée.
Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ? Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.
Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu! Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains.
Le psaume comporte manifestement un certain nombre d’affinités avec le point de vue de sagesse de Qohèleth. Il partage la même vision de l’homme, cet être-pour-la-mort que décrivent les philosophes. Le psaume apporte aussi un point de vue original sur le temps, en distinguant « la vraie mesure de nos jours », qui est éphémère, et le temps de Dieu : « À tes yeux, mille ans sont comme hier, c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit » (v. 4). Le psalmiste entend se rassasier de l’amour de Dieu dès le matin, et passer ses jours « dans la joie et les chants ». Il implore « la douceur du Seigneur » et s’en remet à lui pour tout « l’ouvrage de ses mains ».
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DEUXIÈME LECTURE | Colossiens 3, 1-5.9-11
« Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut. »
La vie nouvelle que le Christ nous a offerte, et dans laquelle nous entrons par le baptême, nous oriente vers le Seigneur. C’est avec lui, et selon son Esprit, que nous devons désormais organiser notre vie terrestre.
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens (3, 1-5.9-11) « Recherchez les réalités d’en haut ; c’est là qu’est le Christ » Frères, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire. Faites donc mourir en vous ce qui n’appartient qu’à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais, et cette soif de posséder, qui est une idolâtrie. Plus de mensonge entre vous : vous vous êtes débarrassés de l’homme ancien qui était en vous et de ses façons d’agir, et vous vous êtes revêtus de l’homme nouveau qui, pour se conformer à l’image de son Créateur, se renouvelle sans cesse en vue de la pleine connaissance. Ainsi, il n’y a plus le païen et le Juif, le circoncis et l’incirconcis, il n’y a plus le barbare ou le primitif, l’esclave et l’homme libre; mais il y a le Christ : il est tout, et en tous. – Parole du Seigneur.
Dans cet heureux complément à la réflexion de Qohèleth et à celle du psalmiste, Paul invite la communauté chrétienne à chercher en priorité les « réalités d’en haut ». Sa liste de « celles de la terre » n’est pas sans rappeler les mises en garde de Qohèleth le sage. Paul rappelle vivement aux Colossiens qu’ils sont « ressuscités avec le Christ » et qu’ils se sont « débarrassés de l’homme ancien » pour se revêtir de « l’homme nouveau ». Les distinctions de classe, de religion sont donc abolies et le Christ « est tout, et en tous ».
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ÉVANGILE | Luc 12, 13-21
« Gardez-vous bien de toute avidité. »
Une demande adressée à Jésus au sujet d’un héritage est l’occasion pour lui d’un enseignement plus vaste sur notre désir de possession. Si nous sommes focalisés sur la jouissance égoïste des biens matériels, nous délaisserons l’attention à nos proches et nous serons incapables de nous tourner vers Dieu.
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (12, 13-21)
« Ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? »
En ce temps-là, du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Jésus lui répondit : « Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? » Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. » Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté. Il se demandait : “Que vais-je faire? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.” Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.” Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura?” Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »
Jésus refuse de se faire l’arbitre au sujet de la part d’héritage de deux frères. Il n’est pas, lui-même, homme à vouloir s’enrichir. Il a autre chose et mieux à faire : exhorter les foules à éviter toute avidité. Jésus prend donc occasion du souci des deux frères à propos de leur héritage pour prononcer la parabole « d’un homme riche », qui cherche par tous les moyens à accumuler le plus de biens possible, avec l’espoir d’en jouir plus tard. Jésus ne se gêne pas pour qualifier cet homme riche de « fou », car sa mort pourrait survenir soudainement, sans qu’il ait pu jouir un tant soit peu des nombreux biens qu’il a accumulés.
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COMMENTAIRE DU DIMANCHE
Marie-Caroline Bustarret, théologienne, enseignante aux facultés Loyola Paris, Prions en Église
LA VERITABLE AUTORITE
Un homme vient demander à Jésus d’arbitrer un conflit autour d’un héritage. Jésus a l’air agacé par cette requête : « Qui donc m’a établi pour être votre juge ? », répondil d’emblée un peu sèchement. Jésus ne veut pas être traité comme si son autorité spirituelle lui conférait un droit de regard sur toute affaire. Ou comme si cette autorité légitimait qu’il se fasse servir ou, plus grave encore, qu’il prenne la place de Dieu. D’autres passages laissent transparaître sa méfiance à ce sujet. Remémorons-nous sa réponse – « Il n’y a de bon que Dieu seul » – à l’homme qui lui donne le titre de « bon maître » (cf. Lc 18, 18-19), son insistance à se faire baptiser par Jean le Baptiste quand ce dernier se déclare indigne d’accomplir un tel geste, ou encore sa remarque à Pierre, qui refuse que Jésus lui lave les pieds.
Certes, tout au long des Évangiles Jésus accepte d’être appelé « maître », mais il reste prudent face à la fascination que son ascendant spirituel suscite. Il détient la véritable autorité, celle qui refuse de s’imposer. Ainsi, il ne répond pas à la demande de l’homme, il le renvoie à sa liberté dans la gestion de ses relations et de ses affaires. Mais, par sa réaction que nous venons de relever et la parabole qu’il raconte ensuite, Jésus donne une leçon bien utile sur l’idolâtrie : il faut nous garder de celle qui vise les hommes autant que de celle qui vise les choses.




