En mai, prions pour les conditions de travail : un travail digne pour tous
Publié le 25/12/2020En mai, prions pour que le travail permette à chacun de s’épanouir,
aux familles de vivre dans la dignité
et à la société de devenir plus humaine.
« UN TRAVAIL DIGNE POUR TOUS », le message des trois derniers Papes
Dans ses intentions de prière pour mai 2025, François avait invité à prier : « Pour les conditions de travail ».
En raison de son décès le 21 avril, la vidéo accompagnant cette intention de prière a été modifiée, et retrace les déclarations des trois derniers Papes sur le sujet.
Vatican News
Prier «pour que le travail permette à chacun de s’épanouir, aux familles de vivre dans la dignité et à la société de devenir plus humaine », telle était la dernière intention de prière préparée par le Pape François avant son retour dans les bras du Père le 21 avril 2025. À la suite de son décès, le Réseau mondial de Prière du Pape a changé le format de la vidéo accompagnant cette intention, en proposant de réfléchir aux paroles des trois derniers pontifes -Jean-Paul II, Benoît XVI et François- sur ce thème.
- Les Papes et le monde du travail
Les paroles de François soulignent que le travail confère «une onction de dignité»: ce qui donne de la dignité à une personne, «c’est de gagner du pain». Jésus lui-même a exercé le métier de menuisier, «une profession plutôt difficile» qui «n’assurait pas de grands revenus» et qui l'a uni à tous les travailleurs de l’histoire.
Certaines phrases de Benoît XVI soulignent l’importance primordiale du travail «pour la réalisation de l’homme et pour le développement de la société». En conséquence, le travail doit être «organisé et accompli dans le plein respect de la dignité humaine et au service du bien commun. Dans le même temps, il est indispensable que l’homme ne se laisse pas asservir par le travail (…), en prétendant trouver en celui-ci le sens ultime et définitif de la vie» que l’on ne trouve qu’en Dieu.
Enfin, les paroles de saint Jean-Paul II exhortent à affronter les déséquilibres économiques et sociaux ainsi que les situations d’injustice existant dans le monde du travail, en mettant «la première place la dignité de l’homme et de la femme qui travaillent, leur liberté, leur responsabilité et leur participation». Tout cela, sans oublier «ceux qui souffrent du chômage, d’un salaire insuffisant, du manque de moyens matériels». Ces déséquilibres et ces situations d’injustice rendent nécessaire que nous priions pour que le centre du travail et de la vie économique et sociale soit l’être humain et non pas le profit.
- 160 millions d’enfants sont contraints de travailler
Le monde du travail a toujours occupé une place importante dans le magistère de l’Église depuis la fin du XXème siècle: une conséquence du regard attentif des Papes sur la réalité du monde qui les entoure, ainsi que de leur préoccupation pour le bien spirituel et matériel des personnes. Actuellement, selon les données des Nations unies et de l’OIT (Organisation internationale du travail), 402,4 millions de personnes dans le monde sont sans emploi, 160 millions d’enfants sont contraints de travailler, 240 millions de travailleurs gagnent moins de 3,65 dollars par jour, et plus de 60 % de la population active mondiale travaille dans l’économie informelle, ce qui signifie qu’environ 2 milliards de personnes n’ont ni droits du travail ni protection sociale.
- Travail et dignité
Un autre concept que les trois derniers Papes ont souligné est que la valeur du travail dépasse largement son aspect économique. «Si nous demandons à dix enfants ce qu’ils voudront faire quand ils seront grands, commente Stefano Simontacchi, membre fondateur et composant du Conseil d’administration de la Fondazione PRO Rete Mondiale di Preghiera del Papa, nous aurons probablement dix réponses différentes, car les aspirations de chacun sont variées: en effet, comme dans la parabole des talents, à chacun a été donné le sien, et le travail est la possibilité de faire fructifier ce talent et de réaliser sa propre personnalité. Ainsi, dans le travail, ce qui compte va bien plus au-delà de l’indépendance économique, qui est certes importante. Ce qui compte, c’est la contribution que l’on apporte à la société et, pour nous croyants, la participation que nous apportons également à la création divine. Le Pape François a employé une très belle expression pour définir tout cela: il a ainsi appelé le travail ‘onction de dignité’, et cette onction de dignité est ce qui fait vraiment la différence dans nos vies. Et ceci, encore plus à cette époque de grands changements, caractérisée par l’intelligence artificielle, qui doivent nous inciter à promouvoir des systèmes de solidarité comme forme de cohésion sociale. La gratitude, le respect et la solidarité devront ainsi être notre boussole ».
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Le travail humain est fondamentalement une bénédiction effective pour l’Homme et la Création. Cette scansion de l’offrande eucharistique l’atteste : « Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes ; nous te le présentons, il deviendra le pain de la vie. Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes ce vin, fruit de la vigne et du travail des hommes, nous te le présentons, il deviendra le vin du Royaume éternel. » Par le travail, nous pouvons accomplir notre vocation d’être humain, appelé à devenir enfant de Dieu. Notre travail n’est certes pas tout mais il est requis pour que cette transformation à laquelle l’humanité, la Création sont appelées, puisse advenir. Le corps du Seigneur pain de vie et vin du Royaume éternel requiert le travail de l’Homme pour que la vigne et le blé deviennent vin et pain…
Mais les conditions pour que cela se fasse importent et notamment les conditions du travail. Pour notre pays, il est bon de prendre la mesure du charivari qui se vit actuellement et qui nous demande de reconsidérer les modes de travail actuels et, peut-être, de redécouvrir l’enjeu du métier. Il semblerait qu’il y ait eu, ces quatre dernières années, un tiers des Français qui ont changé de voie professionnelle1. Et de la même manière, ces grands changements conduisent à une profonde évaluation de la valeur du métier2. Le travail doit d’abord permettre l’épanouissement de celui qui travaille. De cet épanouissement découleront aussi la vie heureuse de la famille dans la dignité et le développement d’une société plus humaine.
Une piste pour que le travail permette un véritable épanouissement de chacun consiste à redécouvrir les métiers. Alors que dire du métier ? Et en quoi il s’oppose aux manières actuelles d’organiser le travail. Le métier implique toujours un certain rapport direct et situé à la nature, dans un véritable dialogue avec elle. Prendre ce chemin demande de renoncer aux normes qui modélisent a priori la manière de travailler pour tous et éloignent le travailleur de l’interaction directe avec la nature, à partir de laquelle il devrait poser des choix. Il s’agit, pour le travailleur, d’uniquement respecter les normes d’une solution posée a priori.
Ce chemin d’épanouissement par le travail demande également de renoncer à la fragmentation de la production avec des bouts de travail préparatoire ou de production faits aux quatre coins du monde par des personnes ne voyant pas les tenants et aboutissants. La fragmentation peut réduire les coûts certes mais dépossède chacun du sens global de l’œuvre, ramenant le travail à un apport sans véritable finalité de son énergie pour une certaine durée, vide de tout achèvement.
Saisissons-nous de toute occasion de laisser advenir ce mode de travail porté par un métier. Alors, même dans la pénibilité, la précarité, il deviendra source d’épanouissement personnel, de dignité des proches et d’humanité pour tous.
Jean Luc Fabre sj., directeur du Réseau Mondial de Prière du Pape France





