16 janvier - Les noces de Cana — Paroisse de Gray

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16 janvier - Les noces de Cana

Publié le 15/04/2020
Fruit de la vigne et du travail des hommes, le vin occupe une place importante dans la Bible.
Plus de 440 passages mettent ainsi en scène le vigneron, la vigne et le vin. Découvrons aujourd’hui les noces de Cana.

2ème DIMANCHE du TEMPS ORDINAIRE -16 JANVIER 2022 - MESSE A LA BASILIQUE NOTRE-DAME A 10h00

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Les Noces de Cana de Paul Véronèse
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LE VIN MIRACULEUX DES NOCES DE CANA

Après trente ans de vie cachée, le temps vint où Jésus inaugura sa mission de Rédempteur. Il avait quitté sa mère depuis quelques semaines et revenait du Jourdain en Galilée où Il avait rencontré Jean-Baptiste. Il y avait avec lui les premiers disciples : Jean, Pierre, André, Philippe et Nathanaël. Avec eux, il se rend à Cana, petite bourgade située à six kilomètres de Nazareth sur la route du lac de Tibériade. Marie est là, invitée à un mariage. Sans doute est-elle la proche parente de l’un des époux. L’apôtre Jean a rapporté les faits dont il a été le témoin (Jn 2 1-11) : 
"En ce temps-là, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. » Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » Or, il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures (c’est-à-dire environ cent litres). Jésus dit à ceux qui servaient : « Remplissez d’eau les jarres. » Et ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent. Et celui-ci goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où venait ce vin, mais ceux qui servaient le savaient bien, eux qui avaient puisé l’eau. Alors le maître du repas appelle le marié et lui dit : « Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. »
Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui."

Le vin servi lors de ces noces provient vraisemblablement des collines autour de Cana ou du tout proche secteur du Mont-Carmel réputé pour son vignoble, Carmel signifiant « vigne de Dieu ».  Nous sommes dans une région viticole. Le vin est l’ornement indispensable des fêtes. Les époux des noces de Cana sont de condition modeste, tous les invités sont des personnes simples qui affrontent avec dignité les difficultés de la vie quotidienne. Cette fête qui regroupe toute la parenté et le voisinage, vient interrompre pour peu de temps, une vie de labeur et de renoncement, c’est la raison pour laquelle elle dure plusieurs jours, pas moins d’une semaine entière. Pour recevoir dignement les hôtes, veiller au bon déroulement du service lors des repas, il faut un majordome, un « maître du festin ». Sa mission consiste principalement à diriger les serviteurs. Il n’a pas la main sur la préparation des plats qui concerne les femmes mais il doit prévoir la quantité suffisante de vin, compte tenu de la participation et de la durée de la noce. Évaluation difficile quand il se présente davantage d’hôtes qu’on n’en attendait.

C’est ainsi que vers la fin des noces, le cinquième ou le sixième jour, le vin manqua. Marie est la première à se rendre compte que la provision de vin est épuisée ce qui indique qu’elle prête vraisemblablement son concours à la préparation du repas. Elle va trouver discrètement son Fils et lui dit : « Ils n’ont plus de vin ».Ces simples mots révèlent la délicatesse et la miséricorde du cœur de Marie. Elle est simplement émue par le désarroi de ses hôtes. Elle souffre pour eux et veut leur éviter une humiliation. Elle, qui vraisemblablement n’en buvait pas, sait combien le vin participe à la joie des noces. L’échange avec son fils se déroule à voix basse, loin des regards. Marie expose la situation en formulant un simple constat sans se perdre en considérations inutiles. Nulle explication, nulle demande. 

La réponse de Jésus est déconcertante « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue ». L’appellation « Femme » qui sonne froidement à nos oreilles est d’usage courant dans la vie de famille en Orient. C’est ici une manière solennelle de désigner celle qui est la Femme par excellence, la nouvelle Eve, celle à laquelle l’Ange a dit : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Les paroles qui suivent, en revanche, pourraient paraître blessantes dans la bouche d’un fils s’adressant à sa mère. Elles doivent être considérées au regard de la mission divine du Christ-Jésus. Il y a deux parts dans sa vie, comme il y a deux natures dans sa personne. En tant qu’homme, il est l’enfant obéissant et aimant de Marie ; en tant que Dieu, Il ne relève que de son Père et considère que son heure, c’est-à-dire celle de sa vie publique pour accomplir l’œuvre de la Rédemption, n’est pas encore venue. Il attend pour cela un signe de son Père. Marie, non seulement ne s’en offusque pas, mais invite au miracle avec une ferme confiance. S’adressant aux serviteurs, elle leur dit « Faites tout ce qu’Il vous dira ». Pour Jésus, cette injonction est le signe attendu. Il ne peut rien refuser à cette mère choisie qui est ici la voix de son Père, la médiatrice. Il obtempère et donne ses ordres aux serviteurs. 

Notons qu’il n’est pas indifférent que le miracle se soit opéré dans des urnes destinées aux ablutions, c’est-à-dire à un rite de purification. Celles-ci, en effet, étaient maintenues dans un état de parfaite propreté ce qui exclut de penser – comme ceux qui nient le miracle – que l’eau ait pu prendre le goût du vin en se mélangeant avec de la lie que ces contenants auraient conservée. La « mesure » dont il est question dans cette péricope évangélique est une unité de volume qui correspond à quarante litres. Chaque urne avait donc une contenance de quatre-vingts ou cent vingt litres ; le Seigneur se manifeste généreusement dans ses bienfaits, distribuant en quantité ses largesses : pas moins de six cents litres de vin pour que les invités de la noce puissent continuer à profiter de la fête. Il faut souligner la docilité et l’obéissance des serviteurs qui font confiance à Jésus et suivent à la lettre les étranges instructions qu’Il leur transmet. Ils nous donnent une leçon de foi.

Quel était le goût du vin des noces de Cana ?

Quel était le goût du vin du miracle ? La question n’est pas aussi futile qu’il n’y paraît et il n’est pas interdit de tenter d’y répondre. Il s’agit d’évidence, d’un très grand vin. Il y a au moins deux bonnes raisons de l’affirmer. La première se trouve dans l’Évangile lui-même. Les convives dont les sens sont nettement affaiblis par les nombreuses libations qui ont précédé, ont pourtant été frappés par la qualité du vin qui leur était servi. Ils ont ressenti une vive émotion. Ils n’en avaient jamais dégusté d’aussi bon de toute leur vie. La seconde qui peut sembler pure spéculation, est une évidence pour l’homme de foi. Ce vin était l’œuvre de Dieu lui-même. Il ne pouvait pas s’agir d’un vin quelconque, ni même d’un simple bon vin. Ce ne pouvait être qu’une pure merveille, un nectar, un « grand cru » hors classe qui annonce le vin de l’Eucharistie et qui anticipe celui qui sera servi pour l’Éternité au banquet céleste. Son style, ses saveurs, sa texture, sa consistance sublimaient certainement les qualités des grands vins produits dans l’Empire romain. Les vins étaient alors, principalement élaborés à partir de raisins noirs. Ces raisins produisent naturellement un jus blanc. Le foulage qui s’effectuait avec les pieds prenait du temps et favorisait plus ou moins la libération des pigments colorants contenus dans les peaux. La robe du vin pouvait prendre une teinte allant d’une couleur très pâle proche du blanc au rouge très léger, que l’on peut comparer au vin clairet. Le vin rouge issu de longues macérations tel que nous le connaissons aujourd’hui n’existait pas. 

Compte tenu de la façon dont il est vinifié et élevé avec l’adjonction de nombreux ingrédients pour le stabiliser et le parfumer, il prend une couleur ambrée et cuivrée. C’est un vin épais et chaleureux combinant un goût oxydatif, une douceur sucrée et des notes épicées. Les Romains utilisent un mot grec pour définir cette saveur : « drimutès », qui correspond à la douce amertume des vins madérisés. Le vin de Cana dérouterait nos palais modernes. Il correspond aux canons de son époque. N’oublions pas que ces vins très consistants, imbuvables purs, étaient consommés, additionnés d’eau. 

Le maître du festin agissant en qualité d’échanson était chargé de mettre plus ou moins d’eau dans le vin, selon sa force. C’est en procédant à cette opération que le maître du festin de Cana dira à l’Époux : « Tout le monde sert d’abord le bon vin, et, quand les gens sont enivrés, le moins bon ; mais toi tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant ! » C’était contraire à tous les usages et sans doute faut-il voir dans cette remarque une certaine ironie empreinte d’humour et d’incompréhension ; l’homme ayant été touché dans son amour propre de ne pas avoir été mis dans la confidence. Seuls Marie et les serviteurs qui ont suivi les consignes de Jésus connaissaient l’origine miraculeuse de ce vin qui a fait couler beaucoup d’encre depuis deux mille ans, don de la bonté toute-puissante de Jésus et de la prévenante charité de sa mère.

(Source :  Aleteia )
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PRIONS EN EGLISE

COMMENTAIRE DU DIMANCHE
Marie-Dominique Trébuchet, directrice de l’IER (Institut catholique de Paris)

L’heure de JésusJean est un théologien. Cela signifie que, pour découvrir le sens des gestes et des paroles de Jésus dont l’évangéliste nous livre le récit, il faut faire appel à l’intelligence de notre foi. Que retenir du récit des noces de Cana que seul Jean rapporte ? Ce miracle au milieu d’une noce dont on sait bien peu de choses ? Retenons au moins le cadre qui est celui de l’amour et de l’alliance nuptiale. Mais portons davantage attention à deux termes qui nous aideront à comprendre : « heure » et « signe », des mots qui sont chargés de sens pour nous, lecteurs pressés du XXIe siècle en quête de vérité. « C’est l’heure ! » Cette phrase du quotidien indique la présence d’un repère chronologique en même temps qu’elle invite à une action, et même nous presse. Mais qu’en est-il pour Jésus dont l’heure n’est pas encore venue ?

Y a-t-il une heure fixée? « Mon heure » dit Jésus Nous savons que l’heure de Jésus est celle de sa pleine manifestation dans le mystère pascal. Si elle n’est pas venue elle commence pourtant avec le signe de Cana et va se déployer jusqu’à la Pâque dans le don de sa vie le plein amour pour le salut du monde. Cette heure est le temps de la révélation achevée de Dieu. De cette heure dont nulle horloge ne détermine l’instant nous sommes héritiers; Cana n’est pas le premier d’une suite de signes mais le commencement des signes c’est-à-dire le début de l’heure Jésus va cheminer dans et vers son heure.
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MARIE ÉDUCATRICE SPIRITUELLE ... DE JÉSUS

Le temps de l’observation
Le rôle joué par Marie dans le récit­ des noces de Cana est surprenant. C’est elle qui constate à voix haute que le vin manque et qui le signale à son fils. Elle énonce des faits, sans formuler de demande précise, sans rien exiger de lui. Jésus semble pourtant comprendre que Marie attend quelque chose de lui et réagit. Marie prend alors une autre initiative. Elle s’adresse aux serviteurs en leur demandant d’obéir à ce que Jésus pourrait leur demander de faire. La relation de Marie à Jésus peut étonner tant elle se construit autour de constats concrets, de silences implicites et d’une solide confiance. Il y a visiblement entre la mère et son fils des non-dits qui échappent au lecteur, comme si les deux continuaient une conversation déjà commencée. Marie avance sur un chemin de crête. Elle sait que son fils doit grandir, doit oser devenir celui qu’il peut être. Délicatement, elle l’invite à être présent­ au monde.

Le temps de la méditation
La relation entre Marie et Jésus est rarement décrite. Ici, l’évangile de Jean ouvre une fenêtre sur ce qu’a pu être leur relation privée, intime et laisse entrevoir l’influence que Marie a pu avoir sur Jésus. Marie est dépeinte comme une femme d’action qui sait ce qu’elle veut. On la voit préoccupée par ce qui préoccupe ses contemporains. Elle ne conseille pas à Jésus de s’éloigner de la fête et des plaisirs de la table. Elle ne le pousse pas à haïr le monde et ce qui s’y vit. Bien au contraire. Marie, avec insistance et douceur, demande à Jésus de se rendre présent et d’être là, au cœur de ce qui peut gâcher la fête. Faisant cela, elle contribue à son éducation spirituelle. Marie est un exemple toujours pertinent aujourd’hui. Elle nous rappelle que l’action spirituelle n’est pas dans un, à côté du monde, mais dans le concret de ce qui s’y révèle. En annonçant le Royaume, Jésus ne dira pas autre chose.

Marie-Laure Durand, bibliste



 

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