Une voix d'Abidjan

Pouvez‑vous vous présenter et nous expliquer le but de votre visite en France ?
Je suis le père Ambroise MANDAH, Vicaire général de l’Archidiocèse d’Abidjan. J’ai été ordonné prêtre le 8 juillet 1990 et j’ai exercé depuis, diverses fonctions dans la formation et la pastorale. Je fais en ce moment une visite en France, aux diocèses qui ont accueilli des prêtres originaires d’Abidjan, soit pour une mission d’étude, soit pour une mission pastorale. L’objectif est d’assurer un suivi des confrères, de garder le contact avec ceux qui les accueillent, de faire avec ces derniers une évaluation de leur présence et envisager quelle suite donner à leur mission.
Comment décririez‑vous l’état actuel de l’Église catholique en Côte d’Ivoire ?
L’Eglise de Côte d’Ivoire, comme celle de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, est une Eglise Jeune, de moins de 150 ans. Elle en est encore à sa phase d’implantation, de construction. Après le temps des missionnaires, a commencé depuis les années 60, celui de sa prise en mains par les autochtones. Ses défis majeurs sont aujourd’hui celle de la triple autonomie à établir : autonomie en personnel, autonomie de la pensée, de la culture théologique, autonomie financière. Le combat est loin d’être gagné, mais les initiatives et les signaux actuels donnent de l’espoir. Les vocations, religieuses ou sacerdotales sont relativement nombreuses, la formation se diversifie et plusieurs initiatives sont prises en vue de construire l’autonomie financière. Il faut juste laisser le temps au temps. Il est évident que notre Eglise qui a moins de deux siècles ne peut pas être au même niveau que celle d’Europe qui en a vingt et plus.
Pourquoi l’Église de Côte d’Ivoire envoie‑t‑elle des prêtres en mission en France et en Europe ?
Plusieurs raisons motivent l’envoi de prêtres en France et ailleurs en Europe. Il y a d’abord celle de l’apprentissage. C’est le cas des prêtres qui viennent ou faire des stages ou étudier chez vous. Nous n’avons ni autant d’instituts ni autant de propositions de formation ni autant d’expérience que votre Eglise. Ces prêtres viennent donc apprendre et recevoir des savoirs et savoir-faire, qu’on ne peut pas encore trouver chez nous. Ces opportunités offertes permettront à terme de nous autonomiser à notre tour.
Ensuite, après avoir tant reçu de la France en termes de missionnaires et d’implantation de l’Eglise chez nous, nous pensons que c’est un juste retour des choses que de soutenir l’Eglise de France au moment où la sécularisation et la baisse des vocations l’obligent à fermer des églises. Nous avons conscience que ce faible apport ne résoudra pas le problème. Mais nous n’en avons pas la prétention. Nous voulons faire juste ce que nous pouvons et ce sera toujours cela de gagné. C’est avec cinq pains et deux poissons que Jésus a nourri toute la foule. L’apport humain est toujours nécessaire, si infime soit-il. Le reste appartient à Dieu.
D’aucuns pourraient dire : « on ne vous a rien demandé. » Je répondrais qu’on n’avait rien demandé non plus aux missionnaires venus chez nous. La charité chrétienne qui les a portés chez nous est la même qui nous anime. Contrairement à ce que beaucoup pensent, ce n’est donc pas la recherche de bien-être, de confort ou de meilleures conditions de vie qui à la base, motivent les prêtres missionnaires ici.
Enfin l’Eglise est universelle et l’échange de missionnaires et d’agents pastoraux de tous les états de vie, manifeste cette universalité.
Selon vous, quels sont les enjeux de la mission du Père Koffi en France, et comment les fidèles peuvent‑ils accueillir son ministère ?
KOFFI est mieux placé que moi pour répondre à cette dernière question. Mais je pourrais dire que la mission est un rendez-vous du donner et du recevoir. KOFFI a besoin de s’imprégner de la culture de chez vous pour ajuster son message. Mais il faudrait vous ouvrir vous aussi à la nouveauté, au différent pour pouvoir accueillir positivement ce qu’il apporte. Ici, il y a tellement de balises que je me demande parfois si l’annonce de l’Evangile dans toute sa rigueur ne souffre pas de notre volonté de ne pas choquer mais de présenter un message lisse et sans aspérités pour être un tant soit peu accepté. Le Christ ne choquait-il pas ? Il préférait, je crois, que tout le monde le quitte plutôt que de consentir à édulcorer son message. Le but ne saurait être de choquer ni de blesser. Il y a certainement une manière charitable de dire les choses. Mais la parole de Dieu que nous servons, reste tout de même cette lame plus tranchante que le glaive qui pénètre jusqu’aux jointures et à la moelle. J’estime que c’est en accueillant d’autres approches qu’on en tire le maximum.





