Bienvenue au nouvel aumônier militaire
Présentation du nouvel aumônier militaire de la BA 116
Depuis ma nomination comme aumônier militaire, vous me demandez si je suis prêtre ou diacre comme Jean La Fontaine. Je ne suis que laïc, envoyé en mission pour la Base Aérienne et la Gendarmerie Nationale de la Haute-Saône, par Mgr Antoine de ROMANET. Dans cet article, je vais me présenter et vous parlez des missions de l’aumônier en temps de paix et en temps de conflits.
I - Présentation du nouvel aumônier
Je suis né en Charente-Maritime, il y a 52 ans, mon père est en retraite, il était exploitant agricole : céréales, vaches à viande et 17 ha de vigne en appellation Cognac. Ma mère est décédée en 2024, elle exerçait le métier d’infirmière. J’ai deux frères, l’un est mécanicien poids lourds sur Nantes et le dernier a repris l’exploitation agricole. Même si je suis loin de chez moi, je me retrouve ici, dans cette terre de Franche-Comté. Certes j’ai perdu mes racines charentaises, mais je suis vraiment surpris d’avoir été si vite intégré dans la communauté chrétienne et aussi dans le milieu professionnel. Car les valeurs que j’ai reçues de ma famille : celle du respect de la nature, de l’homme et du travail. Ces valeurs je les ai retrouvées en arrivant dans votre belle paroisse de Saint Colomban.
Mes études sont un peu chaotiques ! Comme tout le monde école communale, collège public, ensuite j’ai poursuivi mes études chez les Frères des Ecoles Chrétiennes en Charente-Maritime Brevet de Technicien Agricole en viticulture-œnologie et Brevet de Technicien Supérieur Agricole en Gestion et Protection de la Nature dans le Gers, avec un stage au Cameroun de trois mois. Enfin, j’ai passé une licence en théologie avec l’Université Catholique de Lyon, par correspondance.
Avant d’être aumônier militaire, j’ai exercé plusieurs métiers ! Le premier métier a été de travailler dans les vignes et de distiller. Après une quinzaine d’années, le diocèse d’Angoulême m’a demandé si je voulais bien prendre le poste d’aumônier d’hôpital à trois quarts temps, cela m’a permis de pouvoir travailler à la chancellerie du 1er Régiment d’Infanterie de Marine d’Angoulême. Durant ces plus de cinq ans, j’ai travaillé avec les soins palliatifs et l’EPHAD de l’hôpital. Pour pouvoir être aumônier d’hôpital, militaire ou des prisons, nous devons passer un Diplôme Universitaire avec l’Université Catholique d’Angers et la formation civile et civique pour avoir le droit d’exercer en milieu dit « fermé ». La direction de l’hôpital n’a pas souhaité renouveler mon contrat, j’ai commencé à travailler dans une entreprise de pompes funèbres. J’étais employé comme Maître de Cérémonie, j’ai accompagné de nombreuses familles en deuil, avec délicatesse et respect. Cette relation que j’ai eue pendant ces onze années avec la mort, me permet d’avoir une expérience de recul avec le monde militaire, de pouvoir en parler avec les jeunes qui entrent dans les forces armées.
Depuis le premier octobre, l’évêque aux armées m’a envoyé en mission ici. Notre évêque souhaite que les aumôniers s’investissent aussi dans les paroisses. Je me suis proposé pour accompagner les catéchumènes dans leur recherche de Dieu. Maintenant, je souhaiterais vous parler des missions d’un aumônier militaire.

II - Le Diocèse aux Armées Françaises
Un bref historique, le diocèse a été érigé par le Saint Pape Jean-Paul II, en 1986. Jusqu’à cette date, les aumôniers militaires dépendaient de l’archevêché de Paris. Cette année-là, le diocèse est devenu l’interlocuteur privilégié de la hiérarchie militaire.
Avant cela, le Cardinal de Richelieu par décret a mis en place une aumônerie militaire sur demande de Saint Vincent de Paul. Durant tous les régimes successifs, les aumôniers sont restés présents auprès des militaires, jusqu’à aujourd’hui.
La mission première des aumôniers est donc : de soutenir et écouter, de conseiller. Tout d’abord soutenir, dans la philosophie grecque, les philosophes nous disent qu’un homme est composé de quatre identités bien distinctes mais nécessairement liées ensemble : la nature corporelle (santé), une nature sociale (vie en communauté), ensuite une nature psychologique et enfin une nature spirituelle (espérance). Pour pouvoir soutenir et aider un homme, il faut que ces quatre composantes soient en harmonie ! l’hôpital, les prisons et les armées ont compris que pour aider un homme ou une femme privés de tout mouvement : à cause d’une maladie, d’une peine d’enfermement ou sur un conflit, il faut pouvoir compter sur des personnes compétentes pour les soutenir. Un aumônier militaire est celui qui va être sur le terrain, donc il va connaître les missions, les accompagner dans les préparations pour les opérations extérieures et durant leur séjour. Souvent, lors des missions, le soir sur le bivouac, il est là pour les soutenir et les écouter. Nous sommes des réceptacles à leurs questionnements sur : la mort, les questionnements de leur vie de famille, le manque qu’ils éprouvent loin de leurs époux ou épouses. Nous servons aussi de lien avec leurs familles. Nous sommes habilités à pouvoir entrer et accompagner les prisonniers de guerres durant leurs captivités.
Puis, il y a l’événement qui peut traumatiser lors d’une mission, le militaire peut changer du tout au tout - se mettre à boire, s’enfermer sur lui-même, perdre confiance en lui. Je vous disais plus haut, que l’aumônier connaît les personnes qui lui sont données. Il peut voir très vite, qu’il se passe quelque chose qui n’est pas normal. Lorsque la personne vient se confier et parler du traumatisme qu’il a subi, souvent il intervient auprès de la hiérarchie pour le mettre en sécurité et aussi pour protéger ses collègues. L’aumônier est donc souvent le premier à recevoir les paroles du blessé. Cependant, il ne travaille pas seul, il est accompagné par le service de santé des armées, les psychologues et les assistantes sociales. Nous agissons tous ensemble et en se concertant régulièrement, en lien avec la hiérarchie militaire.
Aujourd’hui, il est reconnu comme tel, cela ne fait pas longtemps que l’armée reconnait le syndrome post traumatique comme une blessure. Pour ceux qui ont connu les poilus ou les personnes qui ont combattu durant la seconde guerre mondiale en Algérie, vous avez peut-être entendu vos familles dire qu’après la guerre, il est revenu complétement : changé, replié sur lui-même, alcoolique ou même violent. Souvent, ils ont vu ce qu’ils n’auraient jamais dû voir : les horreurs de la guerre ! Nous recueillons cela tous les jours que nous soyons sur terre, sur un bâtiment de la Marine Nationale ou sur une base aérienne en opération. Il ne faut pas oublier aussi les gendarmes qui sont souvent exposés aux mêmes risques que les autres militaires, lors de leurs différentes interventions.
Heureusement, que sur les théâtres militaires, nous avons aussi des psychologues du Service de Santé des Armées présents dans les centres médicaux. Nous travaillons en étroite collaboration, nous essayons d’intervenir le plutôt possible pour qu’il garde le moins de séquelles possibles. Car, nous devons penser au retour dans la structure familiale. La famille ne doit pas subir le traumatisme, il faut être comme un ange gardien, veiller sur lui et sur la famille.
Être conseillé auprès de la hiérarchie, ce n’est pas intervenir dans les décisions de commandement, pour dire si cela est bien ou mal. Nous sommes là pour rappeler aux militaires que le respect du soldat, du prisonnier militaire et des civils ne peut pas être bafoué. Nous pourrions appeler cela : les gardiens de la morale.
Je ne pourrais pas terminer, sans parler bien sûr de la vie sacramentelle et de la prière. Bien que je ne sois pas prêtre ou diacre, mon statut d’aumônier me permet de pouvoir préparer des couples de militaires ou des personnels civils de la défense au mariage ou au baptême de leur enfant, ici sur le département et de pouvoir les faire célébrer partout en France, puisque nous sommes un diocèse extraterritorial (ne possédant pas de frontière). Ce travail de préparation au sacrement est plus facile pour les familles, l’aumônier est à leur service. Si au dernier moment, une raison de service qui tombe, il peut avancer ou reculer la date ou l’horaire de préparation, ce qui ne pourrait pas être le cas avec une paroisse civile.
Puis, il y a les préparations des baptêmes d’adultes, confirmations et premières communions. Souvent nous entendons comme récrimination : « pourquoi les préparations aux armées sont plus courtes que dans les diocèses civils ? » Il y a plusieurs explications à cela. La première est que nous les prenons au moins deux à trois fois par mois. La deuxième est aussi par rapport aux mutations, ils sont accompagnés par une équipe, il est souhaitable pour des questions de confiance, qu’ils gardent la même durant la préparation. Enfin, il ne faut pas oublier qu’ils peuvent à tout moment mourir en opération. Voilà pourquoi le diocèse baptise les militaires lors du Pèlerinage Militaire International à Lourdes au mois de mai. Cette année, il y a eu de 280 baptêmes et 500 confirmations.
L’Eucharistie, ici, nous avons une messe par mois, elle est célébrée par l'abbé Franscico. Dans la semaine, nous avons une adoration du Saint Sacrement, une liturgie de la Parole et une récitation du chapelet à la chapelle. Elle reste ouverte 24/24 et 7/7 jours, je sais que certaines personnes qui vivent sur la Base viennent prier le soir. En tant qu’aumônier, je prie la liturgie des heures et un temps d’oraison.
J’ai essayé de vous présenter ce qu’est la mission d’un aumônier militaire. Je reste un homme, mais le Seigneur m’a placé sur la route d’hommes et de femmes qui servent la patrie. Nous essayons de prendre soin d’eux et de les accompagner pour le bien du service. Nous pouvons avoir des personnes d’autres confessions qui viennent nous voir pour vider leur cœur. Pour cela, l’armée reconnait trois autres aumôneries pour les réformés, les juifs et musulmans. En cas de besoin, nous pouvons mettre en lien la personne avec l’aumônier de son culte.
Cela est une belle mission, elle est exigeante et en même temps nous devons être respectueux des règlements militaires.
Hervé CHEVALIER




