ACO ( Action Catholique Ouvrière ) : Un travail décent, c'est quoi pour vous ?
ACO ( Action Catholique Ouvrière ) : Un travail décent, c'est quoi pour vous ?
Sommaire :
- Un travail décent, c'est quoi pour vous ?
- Quelques éléments d'analyse
- Puis la parole est donnée à des témoins sous forme de table ronde
- Jean-Louis invite chacun à s'exprimer sur les points suivants :
- Conclusion
« Un travail décent, c'est quoi pour vous ? »
Dans un premier temps Michel, diacre et aumônier diocésain de l'ACO, accueille les participants et rappelle en quelques mots ce qu'est l'ACO, sa méthode de travail [ voir- juger (discerner)- Agir] et le pourquoi de cette rencontre : Notre équipe ACO composée exclusivement de retraités,a souhaité s'emparer de la question du travail décent pour en faire une proposition de partage élargie à l'ensemble du secteur ACO (Action Catholique Ouvrière) de Besançon, à partir des documents proposés par la Mission Ouvrière à l'occasion de la journée mondiale du travail décent le 7 octobre. Un moyen aussi de remettre la question du travail au cœur des réflexions de l'équipe à travers ce que vivent les travailleurs, entre autres nos enfants, dans leur vie professionnelle.
Christiane restitue les résultats de l'enquête faite à partir du questionnaire proposé par le mouvement et envoyé à plus d'une centaine de personnes. Mais 22 retours seulement, ce que nous regrettons.
Quelques éléments d'analyse :
Les 22 questionnaires retournés concernent à parts égales des hommes et des femmes qui pour :
- 25 % sont âgés de 46 à 54 ans
- 25 % de 65 à 74 ans
- 23 % de 36 à 45 ans
- 56 % des réponses concernent des personnes qui sont en activité professionnelle et 30 % sont des retraités.
À la question « C’est quoi un travail digne pour vous ? »,
- 16, soit 73 % disent que c’est un travail qui a du sens et qui permet de s’épanouir
- 14, soit 64 % disent que c’est un travail qui permet de gagner sa vie
- 91 % des personnes ayant répondu estiment que leur dignité est respectée dans leur travail (mais regrettent les salaires qui stagnent, les conditions de travail qui se dégradent, les relations parfois difficiles avec leur hiérarchie et le peu d'aide reçue)
À la question « Qu’est-ce qui fait progresser la dignité au travail ? »
- 59 % de ces 22 personnes placent les syndicats en 1ère place, suivie par les instances représentatives du personnel, puis les associations (les élus et les partis politiques arrivent en dernières places).
- 77 % des participants disent que leurs conditions de travail leur permettent de vivre en bonne santé (grâce entre autres ,au temps partiel, aux aménagements ergonomiques sur le lieu de travail, etc…. Mais certains souffrent de douleurs physiques, ont une charge mentale énorme, des salaires trop faibles, des difficultés à trouver du temps pour eux, pas assez d’aides…)
Puis la parole est donnée à des témoins sous forme de table ronde. Autour de la table :
A. 42 ans, maman de 2 enfants ( 22 et 15 ans), agent de la fonction publique territoriale en tant qu'aide-cuisine en lycée.
C. 48 ans, maman de 3 enfants ( 20, 18 et 12 ans), médecin du travail au sein d'une association de service de prévention et santé au travail inter-entreprises.
E. 42 ans, papa de 2 enfants (12 et 7 ans), conducteur de poids lourds et engins dans le BTP.
N. 40 ans, maman de 2 enfants, gendarme.
Jean-Louis invite chacun à s'exprimer sur les points suivants :
► Les conditions de travail :
A. « J'ai des journées avec une grande amplitude horaire car l'établissement accueille des internes. Cela fait des semaines de 42 heures, mais je suis à 35 heures lissées sur l'année. Le délai de 11h d'interruption entre deux journées de travail est respecté dans cet établissement, ce qui n’est pas toujours le cas.»
C. « Mes conditions de travail sont plutôt agréables et j' ai la possibilité d'échanger avec ma hiérarchie pour améliorer si besoin ».
E. « Dans l'entreprise, il y a beaucoup d'avantages au niveau hygiène et sécurité, cabanes de chantier chauffées l'hiver, prise de travail tôt le matin en cas de canicule etc.. C'est un avis globalement partagé dans l'entreprise. Et lorsqu'on a travaillé dans de petites entreprises, on voit la différence ! »
N. « J'ai un travail décent tant au niveau des conditions de travail que de mon épanouissement personnel ».
► La qualité des relations dans l'entreprise :
A. « Les relations dans l'équipe sont bonnes. il n'y a pas de tiraillements entre nous car le management est correct dans cet établissement.Ce qui n'est pas toujours le cas »
C. « Animer une équipe pluri-disciplinaire ( infirmière, ergonome, assistante sociale etc..) ce n'est pas toujours évident. Le côté humain, relationnel est plutôt bon . Mais pour certains médecins , habitués à décider seuls, travailler en équipe dans le cadre de la médecine du travail, ce n'est pas évident. »
E. « Cela se passe globalement bien pour moi qui ne suis pas dans une équipe fixe . Par contre entre équipes ça se tire souvent dessus et c'est courant dans le BTP.»
N. « Mes relations sont bonnes avec ma hiérarchie, ma responsable me considère comme son adjointe. Même si je n'ai pas un grade élevé, j'ai des responsabilités. Les relations avec les militaires que j' accompagne sont bonnes. »
► La charge de travail :
C. « Il manque toujours beaucoup de médecins de travail. Ce manque est pallié par des infirmières,des équipes pluridisciplinaires. Les médecins assurent plus le suivi des personnes en grandes difficultés. La charge de travail est importante. Les journées sont souvent de 8h à 19h . Je reconnais avoir beaucoup de mal à respecter des horaires et les dépasser souvent ! »
E. « Mon planning est prévu pour tenir en 8h/jour et c'est le cas. J'ai le temps de faire ce qui m'est demandé, les horaires sont respectés ! »
A. « Mon salaire est correct, si on le compare à ce que je touchais avant dans le commerce. J'arrive à vivre normalement même si parfois je souhaiterais pouvoir disposer d'un peu plus d'argent pour partir en vacances ou m'offrir des loisirs. »
C. « J'ai un statut de salarié. J'ai le temps de voir les patients (30 min) et ne suis donc pas obligée de faire du nombre pour dégager un revenu... J'ai un revenu correct, je ne me plains pas. »
E. « Je gagne bien ma vie. Mon salaire est revalorisé chaque année. »
N. « Mon salaire est correct, bien mieux que ce que j'ai connu dans le privé ».
► L'évolution de carrière au regard de l'évolution dans les métiers :
A. « Je n'ai pas d'inquiétude particulière car en tant que fonctionnaire, mon emploi est protégé. Il y a beaucoup d'agents vieillissants qui vont partir en retraite, donc même si le nombre d'élèves baisse ( on est passé de 1500 à 1400 repas) il y aura toujours du travail. »
C. « Je suis régulièrement des formations et je forme moi-même mes collègues. J'envisage une formation de médiatrice pour mettre du lien entre employeur et salarié afin d'obtenir des aménagements de poste. Pour être plus efficace au niveau des risques psycho-sociaux qui sont de plus en plus prégnants maintenant ( burn-out, harcèlement etc..). »
E. « Je n'ai pas d'inquiétudes particulières puisque je suis dans un grand groupe national. Si il y a moins de travail à un endroit, il y en a ailleurs. J'aime bien ce que je fais et n'envisage rien d'autre pour le moment.» La reconnaissance dans le travail :
A. « Non, pas vraiment de reconnaissance. Si les chefs sont contents, ils ne le disent pas trop.Mais c'est un chef, satisfait de mon travail qui m'a incité à demander ma titularisation. »
C. « On dit plus souvent quand ça va mal que quand ça va bien. J'apprécie quand j'ai un retour positif d'un salarié que j'ai accompagné. Notre mission, en tant que médecin du travail est de maintenir les salariés en emploi en évitant toute altération de leur santé. »
E. « Les chefs d'équipe me demandent, ils aiment travailler avec moi, je pense que c'est reconnaître ce que je fais. »
N. « J'ai suivi de nombreuses formations et cela me permet de me sentir de plus en plus autonome et reconnue dans mon travail. »
► Le regard porté sur le travail à la fin d'une journée :
A. « Je suis fatiguée mais contente de ma journée. J'aime bien me dire que j'ai nourri des jeunes et que je contribue au bien-être des élèves et des professeurs. »
C. « Je suis, en général, contente de ma journée. C'est plus difficile si j'ai rencontré un employeur compliqué et que je n'ai pas réussi à faire avancer le dossier. »
E. « Je suis toujours globalement content de ma journée et je trouve mon travail décent. »
N. « Quand j'étais sur le terrain, cela a parfois été difficile au niveau de l'égalité homme-femme, chez certains gendarmes hommes, la mentalité a du mal à évoluer. »
conclusion
Nous n'avions pas choisi les quatre participants, ce sont eux qui ont accepté de témoigner. Le hasard a fait que tous les quatre reconnaissent qu'ils ont un travail décent car des conditions de travail qui respectent la réglementation, un salaire correct, de bonnes relations avec leurs collègues et la hiérarchie et une certaine confiance dans l'avenir de leur profession. Ce qui correspond assez bien à la définition par le Mouvement Mondial des Travailleurs Chrétiens (MMTC) du travail décent :
« La promotion de la justice sociale et d'une économie pour la vie n'est possible que si chaque homme et chaque femme accèdent à un travail décent. C'est-à-dire à un emploi, une rémunération appropriée, la sécurité au travail et des conditions de travail saines. » Ce n'est hélas pas le cas pour beaucoup de travailleurs.
Après quelques questions de l'assemblée qui ont permis de préciser certains points, Michel nous a invités à un petit temps de recueillement. Un chant « le travail décent » (vidéo sur Youtube) et un temps convivial autour de boissons et gâteaux clôturent cet après-midi de partage.
Travail décent - Un message de l'Organisation internationale du travail (Itcilo TV)




