La 1ère encyclique du pape Léon XIV — Diocèse de Besançon

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La 1ère encyclique du pape Léon XIV

Publié le 26/05/2026
Le pape Léon XIV a publié lundi 25 mai sa première encyclique, « Magnifica Humanitas » (« Humanité magnifique »). Ce texte très attendu portera sur « l’attention à la personne humaine au temps de l’intelligence artificielle ».

"Magnifica Humanitas"

préservons notre magnifique humanité

Magnifica Humanitas propose une réflexion sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle, reconnaissant un profond changement d’époque. Cette encyclique place la dignité de l’être humain au centre, comme référence pour orienter le progrès technique. La doctrine sociale de l’Église accompagne ces transformations, en identifiant le bien commun, la solidarité et la subsidiarité comme critères fondamentaux pour lire et interpréter la transformation qui est en train de se dérouler. Elle propose, comme alternative à la culture de la puissance et de la guerre, une civilisation de l’amour fondée sur la justice, le dialogue et la responsabilité partagée.

Lire l'encyclique

LETTRE ENCYCLIQUE "MAGNIFICA HUMANITAS" DU SAINT-PÈRE LÉON XIV
- Lire le texte intégral -
 


 

 

>>>>> Prochainement disponible à la librairie religieuse, 18 rue Mégevand à Besançon

 

 

Revoir la présentation officielle de l'encyclique au Vatican en présence du pape Léon XIV

 

Dossier spécial sur KTO : Encyclique « Magnifica Humanitas » du pape Léon XIV : présentation et premières clés de lecture

Synthèse

Le Dicastère* pour le Service du Développement Humain Intégral propose un résumé de l'encyclique Magnifica Humanitas sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle.

*Les dicastères sont les organismes constitutifs de la Curie romaine qui permettent au pape d'exercer son « pouvoir ordinaire, suprême, plénier, immédiat et universel » sur toute l'Église catholique romaine.

Introduction – Les res novae de notre temps

L’introduction de Magnifica Humanitas ouvre le document par une affirmation programmatique qui oriente toute la réflexion qui suit. L’humanité se trouve à un carrefour historique qui ne concerne pas simplement le progrès technique, mais le sens même du développement et de la coexistence humaine. Le texte affirme en effet que « la magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité sainte, où Dieu et l’humanité habitent ensemble ». Cette alternative symbolique introduit d’emblée la confrontation entre une construction fondée sur la puissance et l’autosuffisance et un chemin de responsabilité partagée et de communion.

Chaque génération a pour tâche de façonner son époque, mais sur chaque époque pèse le risque de construire un monde inhumain et plus injuste. Le critère décisif pour interpréter ce carrefour historique est de nature anthropologique et théologique : la compréhension de l’être humain ne peut faire abstraction de l’Incarnation, car « ce n’est que dans le mystère du Verbe incarné que le mystère de l’homme trouve sa véritable lumière ». Sans cette référence, le progrès risque de réduire la personne à une fonction, à une donnée ou à une prestation.

Les res novae du présent, c’est-à-dire les grandes transformations historiques qui interpellent la conscience chrétienne, sont marquées par l’expansion accélérée de la numérisation, de l’intelligence
artificielle et de la robotique, qui ont un impact profond sur les structures sociales, les processus décisionnels et l’imaginaire collectif. La technique est reconnue comme une dimension authentiquement humaine, enracinée dans la liberté et la créativité, mais sa puissance introduit une responsabilité nouvelle et inédite. À cet égard, le texte observe que « jamais auparavant l’humanité n’a eu autant de pouvoir sur elle-même n’a eu autant de pouvoir sur elle-même », soulignant l’urgence d’orienter ce pouvoir vers le bien commun.

Les images bibliques de Babel et de la reconstruction de Jérusalem offrent ainsi la clé de lecture de l’ensemble du document : l’alternative ne se situe pas entre accepter ou refuser la technologie,
mais entre un usage qui détruit et un usage qui préserve l’humain. 

Chapitre 1 – Une pensée dynamique fidèle à l’Évangile

La méthode fondamentale par laquelle le document entend aborder les transformations du présent est introduite. La doctrine sociale de l’Église est présentée non pas comme un ensemble statique de normes, ni comme un système idéologique à mettre en œuvre de l’extérieur, mais comme une pensée vivante, capable d’interpréter l’histoire à la lumière de l’Évangile et d’accompagner l’humanité dans ses réalités concrètes. Elle naît d’une Église qui ne se place pas en dehors du monde, mais qui partage le chemin des peuples et reconnaît que l’histoire est le lieu où l’Évangile interpelle l’expérience humaine.

Le texte souligne que la doctrine sociale n’est pas une ingérence indue dans les questions temporelles, mais qu’elle exprime la responsabilité propre de l’Église envers le bien commun, car elle est constituée « en Christ, en quelque sorte sacrement de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ». De cette prise de conscience naît une attitude d’écoute et de dialogue avec les langages du présent, qui n’est pas une simple attention sociologique, mais un authentique discernement spirituel.

Dans cette perspective, l’orientation du Concile Vatican II est rappelée, selon laquelle il appartient au peuple de Dieu « d’écouter attentivement, de discerner et d’interpréter les divers langages de notre temps », afin que la vérité révélée puisse être annoncée à travers des formes adaptées aux contextes historiques. La doctrine sociale apparaît ainsi comme un patrimoine dynamique, qui grandit au fil du temps sans trahir le cœur essentiel de la foi.

En retraçant le développement du magistère social depuis Léon XIII jusqu’à aujourd’hui, ce chapitre montre qu’il ne s’agit pas de répertorier des solutions techniques, mais qu’il offre « des principes pour penser, des critères pour discerner et des orientations pour agir ». Sa fonction n’est pas de se substituer aux responsabilités politiques et institutionnelles, mais de soutenir le discernement communautaire sur les transformations en cours.

Enfin, il est réaffirmé que la vérité cultivée par l’Église n’est pas un bien à défendre, mais un don à partager au fil du temps. C’est pourquoi il est souligné que « le temps est supérieur à l’espace », en privilégiant le lancement de processus susceptibles de mûrir dans l’histoire plutôt que l’occupation immédiate d’espaces de pouvoir.

Chapitre 2 – Fondements et principes de la doctrine sociale de l’Église

Le deuxième chapitre s’articule autour d’une redécouverte des fondements et des principes de la doctrine sociale de l’Église, considérés comme des critères déterminants pour orienter le
discernement à l’ère de l’intelligence artificielle. Au cœur de cette réflexion se trouve une vision de la personne humaine fondée sur la relation : l’être humain est créé à l’image du Dieu trinitaire et
appelé à la communion. De cette origine découle une dignité qui précède toute évaluation fonctionnelle, productive ou sociale.

L’encyclique distingue différentes dimensions de la dignité, mais en souligne une décisive, qui ne dépend ni des circonstances ni des capacités individuelles. Il est clairement affirmé qu’il existe « un
niveau plus profond, le plus important, qui consiste en la “dignité ontologique”
», en précisant qu’elle qu’elle « appartient à tout être humain du simple fait qu’il existe ». Cette dignité fonde la « valeur suprême des droits de l’homme », qui ne sont pas des concessions du pouvoir, mais l’expression de la nature même de la personne, et fait du droit à la vie la condition préalable de tout autre droit.

C’est sur ce fondement anthropologique que reposent les principes de la doctrine sociale. Le bien commun n’est pas compris comme la somme des intérêts individuels, mais comme une réalité éminemment relationnelle, définie comme « l’ensemble des conditions de la vie sociale qui permettent aux associations et à chacun de leurs membres d’atteindre plus pleinement et plus facilement leur propre perfection ».

Le principe de la destination universelle des biens s’étend également aux biens immatériels et numériques de notre temps, tandis que la subsidiarité protège la responsabilité des personnes, des familles et des corps intermédiaires contre toute concentration excessive de pouvoir. Enfin, la solidarité est évoquée comme une conscience réelle de l’interdépendance entre les personnes et les peuples, synthétisée dans l’affirmation selon laquelle « personne ne se sauve tout seul ». 

Tous ces principes convergent vers l’horizon du développement humain intégral, appelé à promouvoir chaque personne et toutes les dimensions de la vie, y compris les dimensions spirituelles, sociales et écologiques.

Chapitre 3 – Technique et domination. La grandeur de la personne humaine face aux promesses de l’IA

Au cœur du troisième chapitre se trouve l’analyse de la relation entre technique, pouvoir et personne humaine, afin de situer les promesses de l’intelligence artificielle au sein d’une transformation culturelle plus large, qui interroge le sens même du progrès. Le développement technologique est reconnu comme une expression de la créativité humaine, mais le texte met également en garde contre le risque qu’il devienne un critère de jugement absolu, donnant forme à ce qui est défini comme un paradigme technocratique, capable de réduire la réalité à ce qui est mesurable, calculable et optimisable.

Dans ce contexte, l’intelligence artificielle apparaît comme un outil puissant, capable d’offrir des avantages réels, mais aussi d’amplifier des formes de domination lorsqu’elle est dissociée d’une
orientation éthique et anthropologique. Le texte met en garde contre le fait que la croissance de la puissance technique ne coïncide pas automatiquement avec le bien, en rappelant que « plus puissant ne signifie pas nécessairement meilleur ». Le critère décisif reste la dignité de la personne et non l’efficacité des moyens.

Une distinction fondamentale est transversale au chapitre : celle entre intelligence humaine et intelligence artificielle. Les systèmes d’IA, bien que capables d’imiter certains langages et comportements, restent étrangers à l’expérience proprement humaine. Le texte affirme en effet que « les intelligences artificielles ne vivent pas d’expérience, ne possèdent pas de corps, ne connaissent ni la joie ni la douleur, ne savent pas de l’intérieur ce que signifient l’amour, le travail, la responsabilité ». C’est pourquoi elles ne peuvent assumer aucune responsabilité morale ni comprendre le sens ultime des décisions qu’elles contribuent à générer. 

Le risque devient particulièrement grave lorsque l’intelligence artificielle intervient dans des processus décisionnels qui ont une incidence directe sur la vie, la réputation, l’accès aux opportunités
et les droits des personnes. Dans de tels cas, l’apparente neutralité algorithmique peut produire des exclusions difficiles à contester. Le texte met en garde contre le fait que « confier entièrement à un algorithme le pouvoir de déterminer qui mérite et qui ne mérite pas revient à redéfinir les limites des possibilités humaines », avec pour conséquence une perte de responsabilité politique et morale.

Une place importante est accordée à la critique des discours transhumanistes et posthumanistes, qui interprètent le progrès comme le dépassement des limites de l’humain. À celles-ci s’oppose une vision dans laquelle la limite n’est pas un défaut à éliminer, mais une dimension constitutive de la personne. Il est clairement affirmé que « l’être humain ne s’épanouit pas malgré la limite, mais souvent à travers la limite », en reconnaissant dans la fragilité et la vulnérabilité des lieux où mûrissent la relation, la bienveillance et l’ouverture à l’autre.

Chapitre 4 – Préserver l’humain dans la transformation : vérité, travail, liberté

La réflexion se concentre sur les conséquences concrètes de la transformation numérique dans la vie personnelle et sociale, en identifiant trois domaines décisifs dans lesquels se joue aujourd’hui la sauvegarde de l’humain : la vérité, le travail et la liberté. La réflexion montre comment l’intelligence artificielle et les technologies numériques n’ont pas seulement une incidence sur les outils, mais façonnent progressivement les comportements, les relations et les structures de la vie en société. 

La première dimension abordée est celle de la vérité, reconnue comme un bien commun essentiel à la vie démocratique. Dans l’écosystème numérique, la diffusion d’informations manipulées, d’images altérées et de récits polarisants risque de rendre floues les frontières entre le vrai et le faux. Le texte attire l’attention sur le fait que la vérité ne naît pas d’automatismes techniques, mais de relations fiables et de pratiques partagées de responsabilité, en rappelant que « la qualité de la communication publique dépend directement de la confiance sociale ». La vérité est ainsi présentée comme une réalité fragile, qui doit être préservée par une éducation critique et une utilisation responsable des technologies.

Le deuxième domaine est celui du travail, décrit comme une dimension constitutive de la dignité de la personne et comme un moyen ordinaire de participation à la vie sociale. L’automatisation et
l’intelligence artificielle offrent de réelles possibilités de transformation, mais comportent également des risques importants de précarisation et d’exclusion. Le texte met en garde contre un modèle de développement dans lequel « les travailleurs sont souvent contraints de s’adapter à la vitesse des machines, au lieu que les machines soient conçues pour aider les travailleurs ». Lorsque le critère dominant devient l’efficacité, le travail risque de perdre sa valeur humaine et relationnelle. 

Enfin, le texte aborde la question de la liberté, menacée tant par les dépendances numériques que par les nouvelles formes de contrôle social fondées sur la collecte massive de données. Les technologies peuvent orienter les choix et les comportements de manière invisible, réduisant ainsi l’espace d’une décision réellement libre. C’est pourquoi le texte affirme clairement que « la liberté, à l’ère numérique, n’est pas seulement une question intérieure : c’est aussi une question publique », qui exige des règles justes, une responsabilité partagée et une éducation.

Dans leur ensemble, ces trois domaines montrent que la transformation numérique n’est pas neutre et exige un engagement collectif pour préserver les conditions d’une vie authentiquement  humaine, capable de vérité, de travail digne et de réelle liberté.

Chapitre 5 – La culture de la puissance et la civilisation de l’amour

La confrontation entre la puissance technique et le destin de l’humanité atteint ici son point culminant. Au centre se dessine le lien de plus en plus étroit entre technologie, pouvoir et violence, dans un contexte mondial marqué par la crise du multilatéralisme et la normalisation progressive de la guerre. Les innovations technologiques, et en particulier l’intelligence artificielle, ne se limitent pas à rendre les moyens de défense plus efficaces : elles ont un impact profond sur la nature même du conflit, en accélérant les délais de décision et en rendant l’usage de la force plus impersonnel et plus éloigné de la responsabilité morale.

La possibilité de déléguer à des systèmes automatisés des décisions impliquant la vie et la mort contribue à abaisser le seuil éthique du recours à la violence et à dissoudre la perception des conséquences réelles des choix effectués. Dans ce contexte se dessine une véritable culture de la puissance, dans laquelle l’efficacité des moyens tend à se substituer au jugement moral et la protection des civils est subordonnée à des logiques stratégiques. Face à cette dérive, le texte affirme clairement qu’« il n’existe aucun algorithme capable de rendre la guerre moralement acceptable », réaffirmant que le discernement sur le recours à la force ne peut jamais être réduit à un calcul technique.

Cette transformation s’accompagne de discours publics qui présentent la guerre comme inévitable, voire nécessaire, occultant la mémoire historique de ses conséquences et anesthésiant les consciences. En alternative à cette logique, on relance la perspective de la civilisation de l’amour, comprise comme un projet historique concret, fondé sur la justice, la fraternité et le dialogue.
La civilisation de l’amour adopte le regard des victimes comme critère de jugement et reconnaît dans la diplomatie et le dialogue les instruments ordinaires de la construction de la paix. Dans cette
perspective, la paix n’est pas un signe de faiblesse, mais un choix exigeant et réaliste, car « avec la paix, on ne perd rien ; avec la guerre, on perd tout ».

Conclusion – Une spiritualité pour notre temps

Le regard final se concentre sur la dimension spirituelle et théologique qui sous-tend toute l’encyclique et en cultive le sens ultime. Au centre demeure l’affirmation dogmatique fondamentale
selon laquelle « le Verbe s’est fait chair », événement qui constitue le critère décisif pour comprendre tant la grandeur que la vulnérabilité de l’être humain. À une époque marquée par les promesses d’un progrès capable de surmonter toutes les limites, il est réaffirmé que la plénitude de l’humain ne naît pas de la puissance technique, mais d’une relation qui implique la liberté, l’amour et la grâce. 

La perspective proposée ne sépare jamais la dimension spirituelle de la dimension historique et sociale. L’humanité est appelée à se reconnaître comme faisant partie d’une communion plus grande, dans laquelle les différences ne sont pas éliminées mais ramenées à l’unité. C’est dans cette lumière que résonne l’image paulinienne d’une humanité réconciliée, appelée à être « un seul corps en Christ », expression d’une fraternité qui traverse les peuples, les cultures et les générations. 

L’engagement à protéger l’humain à l’ère de l’intelligence artificielle est ainsi ramené à une responsabilité partagée. Aucune transformation technologique ne peut être vécue sans une conversion
du cœur et sans une mise en pratique concrète de la justice, de la solidarité et de la prise en charge des plus fragiles. L’histoire est décrite comme une œuvre encore en cours, un chantier où rien n’est définitivement achevé et où chacun est appelé à prendre part.

Cette espérance est confiée au chant de Marie, « le Magnificat », signe d’une logique qui renverse la puissance et reconnaît la valeur de l’humilité. De là naît l’invitation finale à choisir quel type de bâtisseurs nous voulons être dans l’histoire : « des bâtisseurs de communion, et non des architectes de Babel », afin que l’humanité ne perde pas sa magnificence et que le monde puisse reconnaître, dans le cœur de l’homme, là où Dieu désire habiter.

 

source vaticane du Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral : www.humandevelopment.va
contact : info@humandevelopment.va

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