La rentrée de l'Enseignement Catholique — Diocèse de Besançon

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La rentrée de l'Enseignement Catholique

Publié le 16/09/2025
L’Enseignement Catholique de Franche-Comté a fait sa rentrée le 22 août. Chefs d’établissement, Autorités et Délégués de Tutelle, membres de la Direction Interdiocésaine de l’Enseignement Catholique, et membres du réseau, se sont retrouvés pour une journée ensoleillée à La Roche d’Or à Besançon.

Intervention de Mireille Besseyre - Directrice Interdiocésaine

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Chers Pères, Mes Soeurs, Chers pilotes, Chers collègues, Chers amis,

La rentrée n’est jamais une simple reprise des activités. Elle est un moment de respiration, où nous reprenons souffle avant de repartir en haute mer. Nous posons nos pieds dans le présent, mais notre regard s’élève vers l’horizon.

C’est un temps pour redire ensemble : « Où allons-nous ? », « Quel cap commun voulons-nous partager ? ». Un temps pour choisir ce qui grandit, ce qui élève, ce qui élargit le coeur, l’intelligence et l’âme.

Saint Augustin écrivait : « L’avenir n’existe pas encore, le passé n’existe plus. Mais le présent… s’il n’était passage, il ne serait pas du tout. » Ce que nous faisons aujourd’hui, dans cette rentrée, c’est précisément cela : habiter le présent comme un passage, un seuil, où se décide une part de notre avenir commun.

Et si je prends la parole devant vous aujourd’hui, c’est pour que nous puissions ensemble poser les mots justes sur nos réalités, assumer nos fragilités, mais aussi nommer nos forces et tracer un chemin d’espérance. Oui, il faut du temps, mais il faut surtout le prendre pour être au clair ensemble.

Mais avant de parler d’Avenir, commençons par regarder en face ce que nous vivons aujourd’hui. Car il n’y a pas de projet solide sans lucidité sur notre présent. C’est le premier pas : prendre conscience de nos réalités, de nos fragilités, mais aussi de nos forces.

I. Notre présent : lucidité et responsabilité

Aujourd’hui, l’Enseignement Catholique se trouve confronté à des réalités que nous devons regarder avec clairvoyance.

  1. La baisse démographique fragilise certains de nos territoires, surtout en zones rurales. Elle entraîne une diminution des effectifs dans certaines écoles. Elle nous oblige à innover et à ajuster notre carte scolaire, parfois dans la douleur. Mais elle nous appelle aussi à garder le cap : chaque enfant qui nous est confié est unique et mérite notre engagement total.

    Dans certaines écoles, la baisse des effectifs inquiète les équipes : « Avons-nous encore un avenir ? » demandent-elles. « Pour combien de temps ? » Dans d’autres, c’est la surcharge des classes qui inquiète. Ces deux situations appellent une même conviction : nous devons rester inventifs et solidaires. Comme le disait Hannah Arendt : « L’éducation est le point où se décide si nous aimons assez le monde pour en assumer la responsabilité. »
  2. Les transports scolaires sont une autre préoccupation. Dans nos zones rurales et semi-rurales, le temps passé dans le car ou le coût des déplacements devient parfois un obstacle réel pour certaines familles. Or, nous ne pouvons accepter que la distance géographique devienne une distance sociale. Avec les collectivités, en proximité, nous devons continuer à faire valoir la liberté du choix des familles là où elle est mise à mal en raison des distances et la fragilité de notre maillage. Car l’accès à nos établissements doit rester une question de choix éducatif, et non de logistique impossible.
  3. Nous savons combien le système éducatif traverse une crise persistante : difficultés d’apprentissage, fractures sociales, manque d’équité, mauvais classement international, rupture de l’ascenseur social.
  4. Les blessures du passé, avec les révélations de maltraitances, exigent de nous une vigilance exemplaire et une attention renforcée. Nous devons assurer une bienveillance exemplaire pour que la bientraitance soit une évidence : process clair, transparence, responsabilité de toute la communauté.
  5. Enfin, le coût pour les familles est un sujet majeur. Nous savons les efforts consentis par beaucoup. Pour certains, inscrire un enfant dans l’Enseignement Catholique, c’est un véritable choix de foi et d’espérance, mais aussi un sacrifice économique. Nous devons avoir  conscience de cette réalité.

    C’est pourquoi nous travaillons sans relâche pour garder des frais de scolarité soutenables, grâce à la répartition aux quotients, à la solidarité entre établissements et à l’engagement des communautés éducatives. Je pense aux familles monoparentales qui sont souvent confrontées à des situations financières considérables et qui ont le souci de pouvoir subvenir aux besoins essentiels comme le financement de l’éducation des enfants. Ces situations nous touchent, elles nous obligent, elles donnent sens à nos efforts de solidarité.

On nous reproche parfois un élitisme. Mais je le redis avec force : notre vocation n’est pas de sélectionner mais d’accueillir. Accueillir tous ceux qui frappent à notre porte, avec leurs forces et leurs fragilités. Être exigeants, oui. Mais exigeants dans la bienveillance et l’accompagnement, jamais dans l’exclusion. 

Ces défis nourrissent parfois un climat de rivalité ou de découragement. Mais ils ne doivent pas nous paralyser. Comme le rappelait Marc Aurèle : « Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être. »

Notre mission demeure simple et belle : faire grandir en humanité chaque jeune qui nous est confié.

L’Enseignement Catholique n’existe pas contre le service public mais avec lui, au service de tous, en complémentarité.

Pourtant, pour comprendre ce présent, nous devons aussi nous tourner vers notre histoire récente. Car le passé n’est pas derrière nous comme un  poids, il est une mémoire vivante. C’est lui qui nous donne des repères et qui nous rappelle pourquoi nous sommes là. Entrons donc dans cette  mémoire, pour y trouver inspiration et fidélité.

II. Notre passé : un héritage vivant

Pour avancer, il nous faut relire ce que nous avons déjà vécu.

Depuis cinq ans, à la demande des évêques de France, l’Enseignement Catholique a engagé une démarche de prospective et nous y avons pleinement contribué. La crise sanitaire nous a obligés à accepter que le monde avait changé et que nous devions inventer des chemins nouveaux. Ce fut un temps de deuil avec des phases de résistance, de révolte, de tristesse et aussi de fécondité.

L’escale d’octobre 2024, « Prendre le temps », fut une étape décisive : elle permit de rassembler largement, de partager, de se former. Elle a donné naissance à une véritable intelligence collective.

C’est dans cette dynamique que nous avons aussi pris conscience de la situation délicate de Bétharram en pleine période où l’enseignement catholique devait répondre de son fonctionnement, de ses financements et du respect de la loi Debré.

Avant toute chose, je veux redire notre solidarité et notre compassion envers toutes les victimes de violences, notamment celles qui ont parlé du drame de Bétharram. Ce qui s’est passé est inacceptable et ne doit plus jamais se reproduire.

L’Enseignement Catholique reconnaît les manquements qui ont existé et nous assumons notre responsabilité dans la construction d’un cadre plus sûr. Nous travaillons déjà à renforcer le signalement, la formation des personnes et la communication claire qui doit lever les sous-entendus dans nos établissements, nos conseils et dans toute notre institution.

Aujourd’hui, notre priorité absolue est la protection des élèves : nous mettons en place des procédures claires, un contrôle renforcé, et une culture de vigilance partagée. Nous savons que la confiance se reconstruit par des actes concrets et nous y sommes pleinement engagés.

Dans le même temps, nous avons progressé sur la gouvernance. Nos différents conseils, nos commissions de travail, certains OGEC sont en train d’apprendre à travailler davantage en coresponsabilité. Cela n’est pas toujours facile. Certains se disent parfois : « mais qui décide ? » La coresponsabilité est exigeante, elle demande du temps, du dialogue, de la patience. Mais elle est une force. Elle nous apprend que l’éducation est un bien commun, qui se construit ensemble, avec toutes les parties prenantes. Seul, nous ne pouvons que peu de choses. Encordés, nous gravissons les montagnes. La gouvernance partagée, c’est une école de fraternité.

Notre raison d’être est née de ces années :

  • S’appuyer sur une expérience éducative longue et reconnue.
  • Persévérer dans l’accompagnement fraternel.
  • Rester attentifs aux signes des temps.
  • Reconnaître l’interdépendance comme une vision pastorale qui lie relation à soi, aux autres, à la maison commune et à Dieu.
  • Reconnaître l’interdépendance de chacun.
  • Garder coûte que coûte un horizon d’espérance et de joie profonde.

Et parce qu’un héritage n’a de sens que s’il est transmis, il nous faut maintenant ouvrir notre regard vers ce qui vient. L’A-venir n’est pas un rêve incertain : c’est une responsabilité. Et il nous appartient d’écrire, ensemble, la suite de l’histoire.

III. Notre A-venir : une vision à partager

L’A-venir ne se devine pas, il se construit. La question est simple : où voulons nous être dans dix ans ?

Un des grands défis sera le recrutement des enseignants. Nous le savons tous: il devient difficile d’attirer et de fidéliser des enseignants. Et pourtant, sans eux, rien n’est possible. Attirer et fidéliser, cela exige de leur proposer plus qu’un poste : un projet éducatif porteur de sens, où leur vocation prend toute sa dimension. Je pense à ces jeunes professeurs qui me confient : « Ce qui me fait rester, ce n’est pas le salaire, c’est la cohérence entre mes valeurs et ce que je vis dans l’école. » Voilà ce que nous devons continuer à cultiver : donner du sens, offrir une communauté de travail, accompagner les premiers pas dans ce métier magnifique tout autant qu’exigeant et leur laisser la liberté de sortir du cadre pour développer leur créativité, leur inventivité au service de l’accessibilité universelle des apprentissages.

Un autre défi majeur est celui des nouvelles technologies. L’intelligence artificielle transformera nos pratiques pédagogiques. Elle peut être un atout, un outil de soutien, si elle est utilisée avec discernement. Mais elle ne remplacera jamais la relation éducative, ni la transmission de valeurs. Elle ne remplacera jamais un regard, un encouragement, une exigence bienveillante. Nous devons former nos jeunes à utiliser ces outils, tout en développant leur esprit critique et leur liberté intérieure. Le livre des Proverbes nous rappelle : « L’homme avisé voit venir le malheur et se met à l’abri. » À nous de préparer les jeunes à un monde où l’IA sera présente à bon escient et pour tous, mais où leur propre intelligence restera première.

Notre ambition est claire : former non seulement des élèves compétents mais des femmes et des hommes capables de discernement, de solidarité et d’espérance. Des « belles personnes », attentives à elles-mêmes, aux autres, à la maison commune et à la présence de l’au-delà. Des personnes capables de faire le bien en toute conscience, de savourer le beau autour d’elles, d’avoir une posture juste vis-à-vis des autres et une conscience éclairée du vrai ; le Beau, le Bien, le Vrai, le Juste : une école de la Sagesse pour le 21ème siècle

Voilà donc le chemin que nous avons parcouru ensemble : le présent regardé, le passé accueilli, l’A-venir ouvert. Il nous reste à conclure, non pour fermer ce temps, mais pour nous remettre en route avec confiance.

Chers amis, nous avons regardé ensemble le présent avec lucidité, relu le passé avec gratitude, et ouvert l’avenir avec espérance.

Ma conviction est simple : l’Enseignement Catholique est aujourd’hui plus que jamais nécessaire. Non parce qu’il est parfait, mais parce qu’il porte une mission unique : aider les jeunes à devenir pleinement humains. 

Oui, Bétharram, les effectifs, la gouvernance, les transports scolaires, l’accusation d’élitisme, le recrutement des enseignants, l’IA, le coût pour les
familles : tout cela représente des défis bien réels. Mais aucun de ces défis n’est un mur infranchissable. Ce sont des occasions de croissance, des appels à la créativité et à la solidarité.

Alors, à cette rentrée, avançons avec confiance. Gardons le cap de notre raison d’être et de ses valeurs. Déployons ensemble notre vision. Et surtout, dans chacun de nos établissements, continuons à élargir le coeur, l’intelligence et l’esprit, pour que l’école catholique demeure un lieu vivant, porteur de sens et d’espérance, au service des enfants, des familles et de la société tout entière.

Ne lâchons rien sur notre éthique de l’ambition ! Et méditons régulièrement le
livre de la Sagesse de Salomon !

Mireille BESSEYRE
Déléguée Episcopale
Directrice Interdiocésaine de l’Enseignement Catholique de Franche-Comté
Diocèses de Besançon, Belfort-Montbéliard, Saint Claude

Direction Interdiocésaine de l’Enseignement Catholique de Franche-Comté
20 rue Mégevand – 25000 BESANCON – Tél. 03.81.25.01.90
Mail : diec.fc@scolafc.org – Site internet : www.diecfc.org

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