En mars, prions avec le pape François pour les familles en crise
Publié le 11/03/2025Dans le message vidéo qui accompagne cette intention, réalisé par son Réseau Mondial de Prière du Pape, François demande de prier « pour que les familles divisées puissent trouver dans le pardon la guérison de leurs blessures, en redécouvrant la richesse de l’autre, même au cœur des différences ». (Cité du Vatican, 4 Mars 2025)
« Prions pour que les familles divisées puissent trouver dans le pardon la guérison de leurs blessures, en redécouvrant la richesse de l’autre, même au cœur des différences. »
Sommaire
- Vidéo du Pape
- Édito : le pardon, un chemin à parcourir
- Résonance : une enfance brisée en mille éclats
- Éclairages : Jacob et Ésaü, les frères ennemis de la bible, jusqu'à la réconciliation
- Happy end
- Et Dieu dans tout cela ?
- Témoignages : Par le pardon, reconstruire une relation abimée
- Intention de prière du pape
Prière et vidéo du Pape
Pour les familles en crise - La Vidéo du Pape - Mars 2025
« Nous rêvons tous d’une famille belle et parfaite. Mais les familles parfaites n’existent pas. Chaque famille connaît ses difficultés, mais aussi ses grandes joies. Dans une famille, chaque personne est précieuse parce qu’elle est différente des autres, et chaque personne est unique.
Mais les différences peuvent aussi conduire à des conflits et à des blessures douloureuses. Et le meilleur remède pour guérir la douleur d’une famille blessée, c’est le pardon. Pardonner signifie donner une autre chance. C’est ce que Dieu fait avec nous tout le temps.
La patience de Dieu est infinie : Il nous pardonne, nous aide à nous relever et nous permet de recommencer. Le pardon renouvelle toujours la famille et nous fait regarder vers l’avenir avec espoir.
Même lorsque la « fin heureuse » que nous souhaiterions n’est pas possible, la grâce de Dieu nous donne la force de pardonner et nous apporte la paix, parce qu’elle nous libère de la tristesse et, surtout, du ressentiment.
Prions pour que les familles divisées puissent trouver dans le pardon la guérison de leurs blessures, en redécouvrant la richesse de l’autre, même au cœur des différences ».Pape François
le pardon, un chemin à parcourir
Il est certain que le pardon restaure. Il guérit ce qui a été blessé. Il donne de s’ouvrir à la richesse de l’autre. En cela, nulle action miraculeuse mais l’apport en lui-même du pardon et de sa force. La capacité créatrice est ranimée dans les êtres, les relations se réengendrent comme d’elles-mêmes. La vie continue à couler. C’est bien ce qui se vit dans la parabole du Fils prodigue, le pardon le restaure comme enfant de son Père.
Aussi en cette année jubilaire de l’espérance, nous faut-il, peut-être, plus particulièrement être attentifs à ce qui peut ouvrir au pardon, le rendre plus accessible. Et la parole du Christ à son Père peut nous guider. « Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Luc 24, 34) Jésus encourage son Père au pardon en mettant le doigt sur une faiblesse de notre part. « Ils ne savent pas ce qu’ils font »… Cette prise de conscience de la situation de l’autre aide au pardon. De la même façon, dans la parole du Fils prodigue la faiblesse du fils aperçu de loin touche la compassion du Père pour susciter le pardon…
Soyons donc attentifs à ce qui peut amener à l’offrande du pardon… Pour cela, une histoire familiale peut aider à entrer dans la complexité des choses souvent impliquées.
Mes parents ont vécu une lourde crise au moment de leur mariage, dans la mesure où mon père, encore étudiant à 20 ans, s’est vu coupé l’aide qu’il recevait de ses parents sous le prétexte qu’il était émancipé et marié avec une femme qui gagnait sa vie. Cette décision soudaine et abrupte n’a pas été comprise et a suscité l’incompréhension durant des décennies au sein de ma famille rapprochée.
Les véritables raisons de cette décision posée par mon grand-père ont surgi soixante-dix ans plus tard. Lors d’un repas entre cousins, le fils de mon oncle nous a partagé la peine qu’éprouvait celui-ci à donner de son argent pour que mon père puisse poursuivre ses études d’ingénieur. Dès lors la compréhension de la décision s’est éclairée. Cet oncle a refusé de continuer à donner pour son frère à l’occasion du mariage de ce dernier. Décision légitime mais tue, comme le fait que l’argent que recevait mon père venait en fait de son propre frère et non de son père.
Une fois cela explicitée, cela a conduit à une véritable libération et ouvert une réconciliation entre tous. Chacun reconnaissant la légitimité du point de vue de l’autre, ses propres limites, un espace de solidarité dans la famille était reconstitué.
Le pardon peut surgir lorsque chacun a pu exprimer sa faiblesse, lorsque chacun peut mieux comprendre la situation de l’autre, exprimer sa propre situation… Le pardon demande à être préparé. Soyons-y vigilants. Cherchons à mieux partager l’intégralité de nos vécus. De là, peuvent naître les perspectives du pardon.
Jean-Luc Fabre sj., directeur du Réseau Mondial de Prière du Pape France
Résonance : une enfance brisée en mille éclats
La famille est le terreau qui permet aux enfants de pousser,
Pareils aux arbres majestueux qui puisent dans un sol fertile,
De quoi se fortifier au fil des années pour résister à l’adversité.
Un seul tremblement dans cet édifice fragile,
Et c’est l’enfance qui se brise en mille éclats.
Les parents séparés redoubleront d’efforts pour panser les blessures,
Mais rien ne pourra recoudre cette terrible déchirure,
Un week-end sur deux, un balluchon à l’épaule,
Ou un doudou à la main, les enfants ballotés,
Entre deux domiciles perdent leurs repères,
Où se trouve le nid douillet d’hier ?
Quelque part, dans un coin de leur mémoire,
Des images resteront gravées,
De ce bonheur passé,
une photo dans un tiroir,
Comme un talisman à conserver.
Pour toutes les familles en crise,
Soyons bienveillants car dès que l’on se divise,
Tous les êtres se fragilisent.
Prions pour que tous et toutes retrouvent la sérénité,
Et que les couples séparés aient à cœur,
De préserver l’équilibre de leur progéniture,
Afin de leur ouvrir grandes les portes du futur.
Pascale Anglès, poète
Éclairages : Jacob et Ésaü, les frères ennemis de la bible, jusqu'à la réconciliation
Éclairage biblique
Les récits de vie des patriarches dans le livre de la Genèse n’ont pas pour but de nous présenter des personnages exemplaires ou des vies de famille admirables. C’est extrêmement précieux pour nous car comme le dit le Pape François, « nous pouvons constater que la parole de Dieu ne se révèle pas comme une séquence de thèses abstraites, mais comme une compagne de voyage, y compris pour les familles qui sont en crise ou sont confrontées à une souffrance ou à une autre et leur montre le but du chemin…» (Amoris laetitia n°22). Arrêtons-nous sur Jacob, un homme en qui se révèle toute la complexité de l’âme humaine.
Des jumeaux que tout oppose
Le premier qui sortit était roux, tout couvert de poils comme d’une fourrure. On lui donna le nom d’Ésaü. Après quoi sortit son frère, la main agrippée au talon d’Ésaü. On lui donna le nom de Jacob (c’est-à-dire : Il talonne). À leur naissance, Isaac avait soixante ans. Les garçons grandirent. Ésaü devint un chasseur habile, un homme des champs ; Jacob était un homme délicat demeurant sous les tentes. Isaac préférait Ésaü, car il appréciait le gibier, mais Rébecca préférait Jacob. (Gn 25, 25-28)
Loin d’être une richesse, leurs différences deviennent un enjeu parental. Combien d’adultes portent encore une blessure d’enfance liée à la comparaison, à l’impression de ne pas être aimé par un parent ?
Qui est le premier, qui est l’aîné ?
Un jour, Jacob préparait un plat, quand Ésaü revint des champs, épuisé. Ésaü dit à Jacob : « Laisse-moi donc avaler cette sauce, le roux qui est là, car je suis épuisé ! » […] Jacob lui dit : « Vends-moi maintenant ton droit d’aînesse ! ». Ésaü répondit : « Je suis en train de mourir ! À quoi bon mon droit d’aînesse ? » Jacob reprit : « Jure-le moi, maintenant ! » Et Ésaü le jura, il vendit son droit d’aînesse à Jacob. Alors Jacob donna à Ésaü du pain et un plat de lentilles. Celui-ci mangea et but, puis il se leva et s’en alla. C’est ainsi qu’Ésaü montra du mépris pour le droit d’aînesse. (Gn 25, 29-34)
Dans une famille apaisée, les deux frères auraient partagé le dîner. Mais le texte nous laisse entrevoir le désir de chacun d’utiliser son frère à ses propres fins. La division est à l’œuvre.
Jusqu’à devenir des ennemis
Jacob entra chez son père et dit : « Mon père ! » Celui-ci répondit : « Me voici. Qui es-tu, mon fils ? » Jacob dit à son père : « Je suis Ésaü, ton premier-né ; j’ai fait ce que tu m’as dit. Viens donc t’asseoir, mange de mon gibier ; alors, tu pourras me bénir. » Isaac lui dit : « Comme tu as trouvé vite, mon fils ! » Jacob répondit : « C’est que le Seigneur, ton Dieu, a favorisé ma chasse. » Isaac lui dit : « Approche donc, mon fils, que je te palpe, pour savoir si tu es bien mon fils Ésaü ! » Jacob s’approcha de son père Isaac. Celui-ci le palpa et dit : « La voix est la voix de Jacob, mais les mains sont les mains d’Ésaü. » Il ne reconnut pas Jacob car ses mains étaient velues comme celles de son frère Ésaü, et il le bénit. Il dit encore : « C’est bien toi mon fils Ésaü ? » Jacob répondit : « C’est bien moi. » (Gn 27, 18-24)
Poussé par sa mère, Jacob profite de l’infirmité de son vieux père Isaac. Il prend la place de son frère et ment à son père pour recevoir la bénédiction qui l’établit comme héritier de la promesse faite par Dieu à Abraham. Entre les deux frères, le lien fraternel est gravement abîmé et la violence jaillit.
Ésaü se mit à considérer Jacob comme son ennemi à cause de la bénédiction qu’il avait reçue de son père. Il se disait en lui-même : « Le moment du deuil de mon père approche. Alors je tuerai mon frère Jacob. » (Gn 27, 41)
Happy end
Vingt ans après, chacun est marié, a une grande descendance et de nombreux troupeaux. Malgré l’appréhension de Jacob, chacun fait un geste envers l’autre et la réconciliation peut avoir lieu.
Jacob leva les yeux. Il vit qu’Ésaü arrivait, et avec lui quatre cents hommes, […] et il se prosterna sept fois, face contre terre, avant d’aborder son frère. Ésaü courut à sa rencontre, l’étreignit, se jeta à son cou, l’embrassa, et tous deux pleurèrent. (Gn 33, 1-4)
Cependant, avec sagesse, ils conviennent de se tenir à distance l’un de l’autre. Ils ne se tiendront à nouveau côte à côte que pour enterrer leur père Isaac.
Et Dieu dans tout cela ?
Il n’y a pas de jugement moral dans ces récits. Le Seigneur Dieu ne revient pas sur la bénédiction accordée par Isaac à Jacob fut-elle le résultat d’une ruse, d’un mensonge. Au contraire plusieurs fois, il se manifeste à Jacob pour l’assurer de sa présence à ses côtés. Le Seigneur connaît les faiblesses et les fragilités humaines ; et même au cœur de familles dysfonctionnelles, de vies fracturées, sa bénédiction et sa promesse continuent de se manifester. Sans compter qu’un pardon est toujours possible même vingt ans après. N’est-ce pas un merveilleux signe d’espérance pour aujourd’hui ?
Marianne Cébron, Réseau Mondial de Prière du Pape France
Témoignage : par le pardon, reconstruire une relation abîmée
Pour éclairer l’intention de prière du Pape de ce mois de mars, nous avons réalisé une interview auprès d’un couple ayant traversé des turbulences, mais qui a décidé de poursuivre la route ensemble, grâce entre autre à l’expérience du pardon.
À une époque, vous avez connu des difficultés dans votre couple… Comment accueillez-vous cette intention du Pape François ?
Elle – C’est très important de prier aujourd’hui pour les familles divisées, en particulier face au nombre de divorces. Mais cette intention me semble un peu rapide, et peut-être un peu utopique : redécouvrir la richesse de l’autre, même au cœur des différences… Cela demande tellement de temps quand on a été blessé ! Ce qui me touche c’est de savoir que l’on peut retrouver, grâce au pardon, quelque chose d’une relation qui a été abîmée, quelque chose de l’ordre de la vie, de la construction…
Justement, il est question dans cette intention de la guérison des blessures par le pardon…
Lui – Pour moi, c’est le sacrement du pardon reçu à cette occasion qui m’a remis dans un droit chemin…
Elle – La difficulté ce n’est pas tellement de pardonner, mais de tenir dans le pardon, au fil des jours, des mois, des années. Le pardon est indispensable si l’on veut continuer la route ensemble. J’ai eu tout de suite le désir de pardonner, quelque part ça m’a dépassée ; mais le pardon, ce n’est pas un coup d’éponge qui effacerait tout, et la guérison c’est une tout autre affaire. Cela demande beaucoup de temps parce que la blessure, elle est là, elle s’atténue avec le temps, mais parfois, elle peut réapparaître, comme une « mauvaise » piqûre de rappel. Et la grande question, c’est celle de la confiance : comment la retrouver et la restaurer ?
Qu’est-ce qui vous a aidés à tenir et à retrouver cette confiance ?
Eux deux – Il y a eu deux éléments très importants. D’abord l’accompagnement d’un prêtre ami, qui a été très présent et nous a permis de dire ce que nous n’aurions sans doute pas pu exprimer entre nous, sans sa présence bienveillante. Il nous disait toujours : « Regardez devant vous, la vie est devant, jamais derrière ! »
Et puis la force du sacrement de mariage. Pour nous deux, ce sacrement avait de la valeur, et nous avions le désir d’y être fidèles. Nous avions tous les deux une haute idée du couple et du mariage. Sur le moment, quand on se marie, on ne se rend pas forcément compte de ce que représente cet engagement, mais quand vient la tempête, on réalise qu’il y a quelque chose de fort, Quelqu’un sur qui s’appuyer : le Christ.
Quand vous relisez cette période difficile, qu’est-ce que cela vous donne à penser ?
Eux deux – C’est maintenant de l’histoire ancienne, mais ça valait le coup de pardonner et de croire en l’avenir, pour nous d’abord bien sûr, pour les enfants, et même pour la famille élargie, qui compte beaucoup à nos yeux. Le pardon, c’est tout un travail, ça travaille au-dedans, mais ça travaille aussi au-dehors. Et comme il est question de « familles divisées » dans l’intention, le pardon est valable aussi dans ce cadre de la grande famille (frères, sœurs…).
Avez-vous pu partager votre expérience à des couples en difficulté ?
Eux deux – Oui, au moins auprès de deux couples. Même si cela n’a pas empêché la rupture pour eux, nous avons pu témoigner qu’un chemin de réconciliation était possible, et c’était important pour nous.
Propos recueillis par Marie Dominique Corthier, Réseau Mondial de Prière du Pape France
Intention de prière du pape
Pour les familles en crise
Père très bon, Tu as voulu que ton Fils naisse dans une famille, dans un espace d'amour et d'aide dans lequel le Sauveur "grandissait et se fortifiait". Nous ne présentons aujourd'hui toutes les familles divisées et en crise, Nous te demandons d'ouvrir en elles des espaces pour communiquer les uns avec les autres, de cœur à cœur, en apprenant l'art difficile de la réconciliation.
Que le Cœur de ton Fils Jésus leur révèle la bonne nouvelle cachée dans la crise, en les aidant à affiner l'oreille du cœur et à leur donner l'élan pour faire place au pardon.
Souffle ton Esprit sur toutes les familles afin qu’avec le soutien de la grâce et l’accompagnement des proches et des amis elles puissent donner un nouveau "oui" permettant qu’en elles l’amour renaisse renforcé, transfiguré, mûri, éclairé. Amen.
Prière d'offrande
Père très bon, je sais que tu es toujours avec moi
Me voici, en ce jour nouveau.
Mets mon cœur, une fois encore,
auprès du cœur de ton Fils Jésus
qui s’offre pour moi
et qui vient à moi dans l’Eucharistie.
Que ton Esprit Saint
fasse de moi son ami et apôtre
Disponible à sa mission de compassion.
Je mets en tes mains
mes joies et mes souffrances,
tout ce que j’ai et possède,
en communion avec mes frères et sœurs
de ce réseau mondial de prière.
Avec Marie, je t’offre cette journée
pour la mission de l’Eglise
Et pour les intentions de prière du Pape et de mon évêque
de ce mois. Amen.




