2015 - 2025 : bon anniversaire Laudato si' !
Laudato si', Une encyclique qui crée un tournant
À sa sortie en 2015, le retentissement de l’encyclique Laudato si’ a dépassé la sphère des croyants : on a pu entendre des personnalités d’horizons divers s’exprimer, à l’exemple du philosophe Edgard Morin : « Cette encyclique est peut-être l’acte 1 d’un appel pour une nouvelle civilisation ».
Au cœur de ce texte, on trouve un appel à la conversion nous invitant à quitter la voie de l’anthropocentrisme : le pape propose de comprendre notre place comme celle de collaborateurs de l’œuvre de Dieu et de nous envisager comme étant fraternellement associés à la nature dans l’œuvre de la création divine. Un changement de regard qui peut permettre d’unifier plus profondément sa foi et son mode de vie, apportant ainsi une première réponse à l’urgence des cris de la terre et des pauvres.
On ignore souvent que le message de François était déjà porté par ses prédécesseurs depuis plusieurs décennies. Pourtant Laudato si’ a marqué un tournant dans la prise de conscience des questions écologiques dans le monde chrétien. En effet, cette encyclique a déclenché des processus féconds, dont beaucoup sont encore en cours.

Des fruits de Laudato si’ en France
Dans les diocèses, des services écologie intégrale sont créés depuis 2015, témoins d’une volonté croissante de prise en compte de la question par les évêques. A ce jour, 75 diocèses ont nommé un référent écologie intégrale pour promouvoir et faire vivre le message de l’encyclique. Un quart de ces référents sont salariés (nous n’étions que 5 dans ce cas au moment de mon arrivée en 2020). Trois communautés ont également un référent : jésuites, spiritains et dominicains. L’encyclique travaille de l’intérieur plusieurs mouvements catholiques, par exemple le Secours Catholique ou les Scouts et Guides de France qui intègrent progressivement « le cri de la terre » à leurs statuts. On peut voir des retraites écologie intégrale, formations, webinaires, festivals ou propositions d’engagement militant fleurir et se multiplier partout en France, portés par un nombre croissant d’associations, de diocèses ou de centres, nouveaux ou convertis à la cause.
Entre 2019 et 2021, les évêques de France ont ouvert pour la première fois leurs assemblées plénières à des laïcs avec qui ils ont travaillé sur l’écologie intégrale. Derrière ce chantier, une volonté de prendre en compte le message de Laudato si’ et d’engager officiellement l’Église de France. Si ce processus n’a pu aboutir à un document doctrinal, il a renforcé l’appel à poursuivre le travail au niveau local.
Dans l’élan de l’accord de Paris sur le climat et de Laudato si’, le label œcuménique Église verte a été lancé en 2017. Cet outil de conversion écologique encourage les communautés chrétiennes à réduire leur empreinte écologique et à vivre un rapport transformé à la création. Après 8 années d’existence, Église verte accompagne plus de 1000 communautés en France, dont 80% de paroisses catholiques.
Ces quelques exemples témoignent d’un développement plutôt rapide, mais cantonné à une frange de chrétiens. Il semble que Laudato si’ était attendu par certains chrétiens et que dans ces terreaux, la graine ait germé plutôt vite au regard de l’inertie que l’on peut constater parfois dans l’Église.

les référents diocéains à l'écologie intégrale réunis en session nationale en janvier 2024
Dix ans après Laudato si’ dans le diocèse de Besançon
Dans notre diocèse, passé le temps de la découverte, certaines communautés continuent d’essayer de faire vivre le message de l’encyclique. Des groupes l’ont travaillée, spontanément, à l’initiative de leur pasteur ou de leur mouvement et portent ce thème occasionnellement dans les célébrations ou la catéchèse. Une quinzaine de paroisses ou de communautés se sont dotées d’équipes Église verte qui portent avec courage et créativité la question écologique. Ils multiplient les célébrations, marches, soirées de réflexion ou se consacrent à des projets plus originaux comme des jardins paroissiaux, un ateliers raccommodage ou encore un marché de producteur. Le Temps pour la création (1er septembre au 4 octobre) reste peu connu et encore timidement célébré.
De notre côté, par un travail de sensibilisation et d’accompagnement, nous essayons d’encourager ce mouvement tout en gardant ouverte cette question : quelle place pour l’écologie intégrale dans l’Église ? Comment mieux travailler ensemble pour que l’écologie intégrale ne soit pas qu’un service en plus ni réduit à une « pastorale de l’environnement » ?
Comme l’a écrit un confrère du diocèse de Nantes : « l’Église, […] de même que le mode de vie occidental dans son ensemble, a à se réinventer en profondeur. L’idée n’est pas de se plier austèrement aux contraintes environnementales, mais de comprendre comment un feu renouvelé peut naître d’une cohérence retrouvée avec le rythme de la création. »
Voilà peut-être là une graine de Laudato si’ à semer pour les dix prochaines années ?
Hélène HYPOLITE
Référente écologie intégrale pour le diocèse




