4ème journée des Pauvres : Tendre la main
Frères et sœurs, chers amis, faut-il chauffer son logement ou se nourrir ? Faut-il acheter un vêtement pour la rentrée ou payer la facture d’électricité ? Tels sont les choix de nombreux ménages en situation de grande précarité. Tels sont les constats du Secours Catholique dans son rapport sur « L’état de la pauvreté en France en 2020 ». En France, 1 393 000 personnes ont été accueillies par le Secours Catholique. Parmi elles, plus de la moitié des ménages disposent de moins de 9 € par jour de reste pour vivre après avoir payé les frais mensuels inhérents à une vie ordinaire. Quatre ménages sur dix ne peuvent couvrir leurs dépenses alimentaires quotidiennes. La crise de la Covid19 a encore plus fragilisé les personnes les plus précaires. Le Secours Catholique constate cette réalité forte : insuffisance et instabilité des ressources.
Alors ne laissons pas nos mains dans nos poches mais tendons la main à ceux et celles qui ont droit à vivre dignement leur vie d’homme et de femme. Justice et charité se conjuguent pour ne pas laisser son prochain à moitié mort sur le bord de la route. La charité nous conduit à tendre la main ; la justice nous pousse à interpeller les pouvoirs publics. Tel est le message du Secours Catholique. La présidente et le délégué général proposent : « Hausse des salaires, renforcement des filets de protection pour les personnes en emploi précaire, aides accrues au logement et très net relèvement des minima sociaux. » Ces propositions sont issues des situations rencontrées tout au long de l’année.
« « Tends ta main au pauvre » (Si 7, 32). La sagesse antique a fait de ces mots comme un code sacré à suivre dans la vie. Ils résonnent encore aujourd’hui, avec tout leur poids de signification, pour nous aider, nous aussi, à concentrer notre regard sur l’essentiel et à surmonter les barrières de l’indifférence. La pauvreté prend toujours des visages différents qui demandent une attention à chaque condition particulière : dans chacune d’elles, nous pouvons rencontrer le Seigneur Jésus qui a révélé sa présence dans ses frères les plus faibles (cf. Mt 25, 40). » Pape François pour la 4ème journée mondiale des pauvres.
Chacun d’entre nous est invité à tendre la main au pauvre. Nous connaissons tous des situations de pauvreté. Nous pouvons prendre l’engagement d’agir individuellement et collectivement pour lutter contre cette autre pandémie qu’est la pauvreté. Elle fait moins de bruit que la Covid19 mais elle est aussi destructrice des personnes, physiquement et socialement.
A la lumière de cette journée mondiale des pauvres, comment entendre l’Evangile de ce jour. Permettez-moi d’en faire une lecture personnelle. Voici un homme qui part en voyage et confie ses biens à ses serviteurs. La distribution diversifiée de ces biens nous indique que le maître connaît bien ses serviteurs. Il connait leur capacité à recueillir qui cinq talents, qui deux et qui un talent. La parabole ne nous rapporte pas les recommandations du maître. Il laisse toute liberté à chacun de faire ce qu’il veut avec ce qu’il a reçu. Personne n’est mis à l’écart puisque tous reçoivent au moins un talent, somme considérable, vingt années de salaire d’un ouvrier à l’époque, un peu moins de 300 000 € aujourd’hui. Le maître fait confiance à chacun.
Mais, nous sommes surpris par la phrase finale de la parabole : « Celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. » Essayons de bien comprendre ce que Jésus veut nous dire dans la parabole. Il s’agit d’aller au-delà d’une réaction immédiate bien légitime.
Tous les serviteurs ont reçu mais l’un des serviteurs n’a pas saisi la confiance que le maître lui a accordé. Il est aveuglé par son rapport avec son maître. Il a vraiment reçu un don. Mais il se comporte comme s’il n’avait rien reçu. Il est incapable de faire fructifier ce qui lui est confié. Il a tout perdu parce qu’il pensait n’avoir rien reçu. Le serviteur s’est laissé enfermer en lui-même par lui-même.
De cette parabole, je retiens une invitation mutuelle. Puissions-nous nous dire les uns et aux autres que nous avons tous reçu des dons ! Nul ne peut dire, je n’ai rien reçu ; je suis bon à rien ; je ne vaux rien ; laissez-moi dans mon coin.
« Tendre la main au pauvre » c’est lui dire qu’il a des talents à développer quelle que soit sa situation. « Tendre la main au pauvre » c’est espérer avec lui pour lui. « Tendre la main au pauvre » ce n’est pas le mettre dans une situation de dépendance mais d’autonomie. « Tendre la main au pauvre » c’est lui donner la capacité de se mettre debout et de marcher sur les chemins de la vie.
Frères et sœurs, chers amis, demandons au Seigneur de convertir nos cœurs et nos intelligences. Le cœur est le lieu de la charité ; l’intelligence est le lieu de la justice. Ne détournons pas le regard mais regardons les pauvres les yeux dans les yeux et leurs yeux nous convertirons.
+ Jean-Luc BOUILLERET
Archevêque de Besançon




