Pourquoi mange-t-on le corps du Christ ?
D’où cela vient-il ?
Manger le corps du Christ n’est pas une idée qui a émergé dans la vie de l’Église, mais une consigne qui sort tout droit de la bouche de Jésus Christ lui-même. Dès l’année 55, un peu plus de vingt ans après la mort de Jésus, dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul manifeste déjà la façon dont la vie des premières communautés se structure autour de ce rite très particulier. Paul s’appuie sur une tradition déjà ancienne dont il est le dépositaire et qui trouve son origine dans les paroles et les gestes de Jésus lors de son dernier repas, la Cène.
Après avoir partagé le pain, qui est son Corps, et la coupe de vin, qui contient son Sang, avec ses douze apôtres, Jésus leur a donné la consigne de faire cela en mémoire de lui (cf. 1Co 11, 24-25). Qu’est-ce que « cela » ? Les apôtres ne l’ont véritablement compris qu’après les évènements des jours suivants : la mort du Christ le lendemain et sa résurrection le dimanche matin. Faire « cela » en mémoire de lui, c’est se rappeler que le Seigneur Jésus a donné sa vie pour nous pour nous libérer de la mort. Faire « cela » en mémoire de lui, c’est croire que la vie a vaincu la mort, que le Christ peut se rendre présent dans le monde aujourd’hui. C’est le Vivant qui veut nous partager la Vie.
Pourquoi du pain et du vin ?
Providentiellement, manger son Corps et boire son Sang ne se fait pas au sens strict. Les chrétiens ne sont pas anthropophages ! Le Christ a choisi les fruits nourriciers de la terre pour les remplir de sa vie. Quelle délicatesse d’employer le pain, base de l’alimentation quotidienne, et le vin, boisson de la joie, pour venir demeurer en nous ! Dans son discours sur le Pain de vie (Jn 6), Jésus choque ses auditeurs par la radicalité de ses paroles. « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » (v. 52) s’exclament-ils. Voici comment : par le miracle de la transsubstantiation, comme l’Église catholique s’est appliquée à le nommer et à le définir.
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix précise : « Les substances qui servent à la croissance du corps humain sont radicalement transformées et, en les consommant dans la foi, les hommes aussi sont transformés : rendus participants de la vie du Christ et remplis de sa vie divine[1]. » À travers cela Dieu fait participer la Création à son œuvre de salut : la terre, les plantes, l’eau, le soleil, les insectes et le travail des hommes.
Comment bien communier ?
Grâce à l’invitation de Pie X, les fidèles ont progressivement pris l’habitude de la communion fréquente. La saison des premières communions qui commence dans les paroisses est sans doute l’occasion de se poser sincèrement la question : recevoir le corps du Christ ne serait-il pas devenu une simple habitude ? Quel désir est-il présent au fond de soi ? Parler de « communion » invite également à percevoir que le fait de manger l’hostie consacrée n’est pas seulement un moyen d’entrer en intimité profonde avec Dieu, mais que cela met également en communion avec tous ceux qui reçoivent le même Corps et boivent au même Sang, d’abord autour de soi, mais aussi au-delà du temps et de l’espace.
Réjouissons-nous de la simplicité et de la puissance de ce si grand mystère, renouvelons notre confiance en Jésus Christ mort et ressuscité. Réalisons que le fait de le recevoir dans les espèces eucharistiques nous engage aussi à donner notre vie pour nos frères. La charité est l’aboutissement logique de la communion au corps du Christ.
Emmanuel Barsu, prêtre
[1] Edith Stein, La prière de l’Église, Genève, Ad Solem, 1995, p. 55-56.




