Alors c'est qui le papa de Jésus ?
La préexistence du Verbe
Pour commencer, il nous faut faire un peu de théologie. Dans le symbole de Nicée-Constantinople nous confessons Jésus Christ, « le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : il est Dieu, né de Dieu, […] engendré non pas créé, consubstantiel au Père ». La relation entre Dieu le Père et Jésus Christ est manifestement une relation filiale. Toutefois il ne faudrait pas nous tromper sur le terme de « père ». La paternité de Dieu n’est pas la paternité humaine ; ou plutôt la paternité terrestre est une version affaiblie de la paternité céleste. Saint Paul parle ainsi du Père « de qui toute paternité au ciel et sur la terre tient son nom. » (Ep 3, 15).
Le Fils de Dieu qui existe de toute éternité est donc essentiellement cela, un fils. Cette identité n’est pas sujette au changement ni à une quelconque inflexion. Jusqu’ici, tout est encore relativement simple…
L’incarnation du Verbe
L’étape suivante est plus délicate, il s’agit de se représenter comment le Fils de Dieu s’est fait homme, comment il a habité parmi nous (cf. Jn 1, 14). Karl Rahner médite :
« l’Éternel est devenu temps, le fils le Dieu s’est fait homme, la Raison éternelle du monde et la loi explicative universelle s’est faite chair. […] Non en ce sens qu’il aurait cessé d’être lui-même, la Parole éternelle de Dieu, lui-même avec toute sa gloire, avec l’abîme insondable de sa béatitude. Mais il est vraiment devenu homme. Et le voilà désormais concerné par le monde et par le destin du monde. »
Le Fils de Dieu fait homme, c’est Jésus Christ ! Marie lui donne naissance, il naît comme n’importe quel autre enfant. Reste alors à penser comment la divinité et l’humanité cohabitent en lui. Le concile de Chalcédoine (en 451) précise qu’il est « reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation ». Par son incarnation il ne cesse donc pas d’être Fils du Père.
Mieux que cela, il invite tous les hommes à entrer dans un rapport filial avec son Père. C’est ce que manifeste admirablement la prière du Notre Père. Sans préjudice pour nos parents, nous sommes ainsi tous appelés à devenir enfants de Dieu.
Jésus fils de Joseph
Si pour les chrétiens la paternité divine peut être cumulative avec la parentalité humaine, pour Jésus Christ la question est moins évidente. Le problème ne se pose pas du côté maternel, Marie est bien la mère de Jésus, sa « génitrice » pour ainsi dire. Du côté paternel, en revanche, c’est moins évident. Lorsque Joseph découvre que Marie est enceinte alors qu’ils sont à peine mariés, il envisage de se retirer discrètement. Mais l’évangile selon saint Matthieu nous rapporte comment Dieu intervient (cf. Mt 1, 18-25).
Joseph reçoit de Dieu la mission qui revient au père de famille : prendre son épouse chez lui, donner le nom de l’enfant à sa circoncision. Par cette « adoption », Jésus hérite d’un lignage prestigieux, celui du roi David qui lui permettra d’être accueilli et reconnu comme le Messie attendu. Il gagne surtout la présence d’un père qui veillera sur lui et lui transmettra son métier, son savoir-faire et sans doute bien d’autres trésors d’humanité !
Sans confusion ni séparation, Jésus Christ est donc bien le Fils de Dieu, le fils de Marie et le fils de Joseph, chacun dans l’ordre qui est le sien.
Emmanuel Barsu, prêtre




