Noël derrière la crèche et les sapins
Noël, un anniversaire
Noël, on le sait, est d’abord la fête du dies natalis de Jésus Christ. Né en -4, -6 ou 0, la période de sa naissance au début de l’hiver pourrait correspondre à la chronologie proposée par l’évangile selon saint Luc. Zacharie et Élisabeth ont conçu Jean à l’issue de la période de service de Zacharie au temple de Jérusalem (cf. Lc 1, 23-24). Au moment de l’Annonciation à Marie, Élisabeth est enceinte de six mois. En tenant compte de ces durées, on a pu confirmer la date de la naissance de Jésus. Toutefois, le même évangile selon saint Luc mentionne la présence de bergers qui gardent leurs troupeaux dans les champs (cf. Lc 2, 8), ce qui pour certain n’est pas compatible avec l’hiver.
Quoi qu’il en soit, Noël permet de faire mémoire de cet événement inouï de l’histoire du monde : l’Incarnation. Le Fils de Dieu invisible, impassible, éternel, créateur du monde vient dans un moment et un lieu de sa création. Il se fait homme, âme et corps, capable de souffrir, de mourir. Il le fait « pour nous hommes et pour notre salut ». Prendre le temps de se souvenir de cela, c’est déjà apprécier davantage la fête de Noël.
Aujourd’hui un Sauveur nous est né
Il est cependant nécessaire de faire un pas de plus. Lors de la messe du jour de Noël, la liturgie, qui ne fait pas du théâtre, met dans la bouche du prêtre l’oraison suivante :
Dieu de miséricorde, nous t'en prions :
puisque le Sauveur du monde, en naissant aujourd'hui,
nous a fait naître à la vie divine,
que sa générosité nous accorde aussi l'immortalité.
(Prière après la communion du 25 décembre)
La naissance du Christ n’est donc pas seulement un fait d’histoire dont il s’agirait simplement de se souvenir. Chaque année le Christ naît à Noël, mais comment ?
La liturgie juive connaît déjà la notion de zikkarôn (mémorial). Le mémorial rend présent l’événement lui-même et permet à ceux qui le célèbrent de le vivre au présent. Ainsi chaque année les juifs sont libérés d’Égypte et traversent la mer Rouge pour la fête de Pessah. De même, lorsque nous célébrons la messe, c’est vraiment le dernier repas, la mort et la résurrection de notre Seigneur Jésus qui sont rendus présents.
À Noël, l’Église accueille la naissance de Jésus, elle le met au monde. La mission du chrétien commence par le fait de prendre conscience de sa présence et à lui donner notre foi. « L’aujourd’hui éternel de Dieu est descendu dans l’aujourd’hui éphémère du monde et il entraîne notre aujourd’hui passager dans l’aujourd’hui éternel de Dieu. Dieu est si grand qu’il peut se faire petit. Dieu est si puissant qu’il peut se faire faible et venir à notre rencontre comme un enfant sans défense, afin que nous puissions l’aimer. » (Benoît XVI, homélie du 24 décembre 2005)
Si Jésus Christ naît chaque année à Noël, c’est aussi pour nous aider à prendre conscience qu’il naît tous les jours là où il le veut et là où ses fidèles lui donnent naissance par la parole et les gestes. Il n’y a pas trop de huit jours d’Octave de Noël pour entrer dans l’intelligence d’un tel mystère !
Emmanuel BARSU, prêtre




