Cloches, lapin de Pâques et œufs en chocolat
Les cloches
[…]
On dispense à flots d’eau bénite,
Toutes cires sont allumées,
Et de solennelle musique
S’enfle au chœur et monte au jubé.
Un clair soleil qui grise
Réchauffe l’âpre bise.
Gloria ! Voici les cloches
Revenir ! ALLÉLUIA !
Paul Verlaine, Après le départ des cloches, Bonheur XXIII, 1891.
À partir du Gloire à Dieu de la messe du soir du Jeudi Saint jusqu’à celui de la Veillée pascale, les cloches des églises se taisent. Non seulement les offices ne sont plus sonnés, mais les heures non plus ! Le temps semble se suspendre au moment où chaque fidèle du Christ est invité à mettre ses pas dans celui de son Seigneur du Cénacle à tombeau en passant par le Golgotha. La Résurrection est à la fois un événement de l’histoire et une réalité qui la dépasse, puisqu’elle ouvre la vie humaine à l’éternité.
Dans l’intervalle, les cloches ne perdent pas une minute, elles doivent se rendre à Rome pour y recevoir la bénédiction du pape, faite au nom du Christ ressuscité. Ainsi tout ce que les cloches peuvent apporter est signe du débordement de biens que Dieu veut nous offrir par la mort et la résurrection de son Fils.
Ce silence des cloches nous permet enfin de mesurer leur importance au quotidien. Les heures, l’Angélus, le glas, la sonnerie de la messe rythment notre temps et nous invitent à nous tourner vers Dieu à toute heure.
Les œufs
Autrefois proscrits pendant la durée du Carême, les œufs s’accumulaient car les poules, elles, ne cessaient pas de travailler. Le chocolat a depuis quelques temps remplacé les coquilles, mais la logique est inchangée : il s’agit de profiter avec reconnaissance et mesure de ce dont on a décidé de se priver pendant le Carême pour l’amour de Dieu et du prochain. À chacun d’en faire le juste discernement !
L’œuf peut également évoquer le mystère pascal lui-même. En effet, sans apport extérieur, un œuf fécondé contient tout ce qu’il faut pour permettre à un poussin de grandir et de vivre. Cette vie se manifeste lorsque le bec du poussin perce la coquille et se manifeste au grand jour. De même, la pierre du tombeau du Christ n’a pas résisté à la Vie qu’elle gardait enfermée. « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. » (Jn 1, 4-5).
Les lapins
C’est encore la symbolique de la vie qu’évoque le lapin. L’espèce est connue pour le nombre important de petits par portée et sa courte durée de gestation (environ un mois) ; une population de lapin peut donc augmenter très rapidement. Il en va de même pour la bonne nouvelle de la Résurrection qui transforme l’histoire du monde et se répand partout : « sur toute la terre en paraît le message et la nouvelle, aux limites du monde. » (Ps 18, 5).
S’il n’est pas nécessaire de manquer la messe du jour de Pâques pour se lancer dans la chasse aux œufs déposés par le légendaire lapin de Pâques, notons toutefois qu’il s’agit tout de même d’une recherche au petit matin dans un jardin d’un bien précieux (au moins dans l’esprit d’un enfant). On préférera sans aucun doute suivre la quête de Marie Madeleine (Jn 20, 1-18) qui se conclut par une découverte bien plus bouleversante !
Quelles que soient ces traditions, elles gravitent toutes autour du mystère pascal, fondateur de notre foi, qui n’aura jamais fini de nous étonner, de nous réjouir et de nous combler. Joyeuses Pâques !
Abbé Emmanuel BARSU (prêtre accompagnateur)




