Témoignage d'Anne, chrétienne engagée du diocèse
Bonjour à tous, quand Hélène Hypolite m’a demandé si je le souhaitais intervenir sur RCF dans le cadre du Temps pour la Création, j’ai réfléchi à ce que j’allais dire ce matin. Quel sens je voulais donner à mon intervention. Et me sont venues quelques réflexions que je vous partage.
Je me suis dit que je ne voulais pas ce matin vous asséner des milliers de constats négatifs sur la Création que nous connaissons tous et qui transpercent nos écrans et nos lieux de vie. Je ne vais pas non plus vous donner toutes les mille et une solutions dans notre quotidien que nous connaissons tous aussi. Comme disait Yann Arthus-Bertrand, célèbre photographe qui a vu se dégrader la terre en plusieurs années « nous n'avons même plus le temps d'être pessimistes ».
Je voudrais simplement vous dire ce que je ressens et comment je vis tous les jours avec ces constats alarmants pour notre Terre.
Aujourd’hui Saint Paul nous exhorte à rester enracinés en Jésus Christ en suivant ces volontés qui sont celles de son père, notre père. Le Christ qui est le chemin, la vérité et la vie.
Mais au fait de quelles volontés s’agit-il quand on parle dans l’Église d’écologie intégrale, de biodiversité, d’énergie verte et dans tous les autres domaines en faveur de la préservation de la Création ! ?

C’est dans l’encyclique Laudato si' du pape François en 2015 qu’il nous faut chercher la réponse qui disait : tout est lié sur Terre. Quand on touche à l’un on touche à l’autre. Tout dans le vivant est interconnecté. Le pape François nous disait que nous vivons aujourd’hui tous interconnectés les uns aux autres, plus surement encore que par les médias, que tout est lié. Les animaux, les végétaux, les minéraux et les êtres humains nous sommes tous liés les uns aux autres. Par cette encyclique il montrait bien que si on touche à un maillon de la Création tous les maillons sont impactés, dans le positif comme dans le négatif. Il invitait ainsi toute l’Humanité et les chrétiens à s’engager pour changer notre mode de pensée, nos modes d'action et nos engagements en faveur de la Création. Être enracinés en Jésus Christ c’est cela pour moi, tout sur terre est interdépendant. Chrétiens nous croyons que tout est en place, créé par la main bienfaisante de notre père Créateur c’est pourquoi il faut rester enracinés dans sa volonté de gardiens de la Création, en bonne intelligence pour garder l’équilibre et la beauté de la Création.
Je préfère parler donc d'une multitude d'actions positives qui, faites au jour le jour protègent et réhabilitent notre terre et ses habitants les plus pauvres. Les plus pauvres, parceque le pape François nous a fait toucher du doigt : les plus petits, les plus pauvres, les animaux tous prennent de plein fouet les pratiques destructrices de l’Homme depuis au moins deux siècles.
Des petites actions donc, pour réparer, qui mises les unes au bout des autres, font qu’une multiplicité d'intervenants travaillent aujourd’hui à la restauration de la Création.
Pourquoi vous parler ce matin des petites choses ? Parce que beaucoup de choses nous échappent à notre échelle, on se sent tous très impuissants face au gigantisme du problème. C’est pourquoi je reste sur ces actions magnifiques qui sont initiées par des amoureux et amoureuses de la Terre et tous ses habitants, les plus pauvres en tout premier : aider les femmes du Sahel à irriguer l’eau pour pouvoir planter et vivre, soutenir les plongeurs de la barre de corails en Polynésie à protéger cette zone d’un hyper tourisme et à y replanter des coraux. Préserver les sites de réserve naturelle en Corse. Militer pour la protection et la vie des baleines. Protéger la migration des cigognes. Protéger la vie des peuples autochtones comme le Pape François l’a tellement fait en 2020 pour l’Amazonie. Je pense aussi à tous les autres peuples en Afrique, au pays et aux animaux du grand nord, comme les ours et les Inuits. La protection de la Création ne peut pas se faire aux détriment des êtres vivants qui l’habitent. Les animaux, les végétaux, les minéraux aussi ont tous leur rôle dans la chaîne du Vivant. Comme disait le pape François, la façon dont on traite la terre dit beaucoup sur la façon dont on traite ses habitants, particulièrement les plus pauvres victimes de ces surexploitations.
Pour moi vivre aujourd’hui dans le respect de la Création et de toutes ses créatures, c’est le faire de manière paisible et active dans la non-violence avec laquelle le Christ a vécu et témoigné.
Cette non-violence active est pour moi et pour ma vie fondamentale. Chacun d’entre nous connait le Cantique des créatures de Saint François qui déjà au 13ème siècle avait une approche non violente des créatures et de la Création.

Je voudrais m’arrêter sur cette approche paisible et positive du monde. Je crois profondément que cette vision de la Création est la plus juste et pérenne pour le monde. Saint François nommait sœurs, la lune, notre mère terre, l’eau, ses frères soleil, vent. Rendre son caractère sacré à la Création et la rendre si proche de nous en une fraternité et un respect profondément universels est une pensée qui m’habite totalement.
J’ai la conviction que vivre de façon non violente dans la Création avec la Création c’est vivre de façon durable et pérenne. J’aime à voir des acteurs et actrices de la préservation de la planète qui agissent de façon non violente. On ne peut pas agir durablement de façon violente. La violence casse, détruit, surexploite, dénature les écosystèmes équilibrés de notre terre pour aller à leur perte, laissant en même temps les plus pauvres, les plus fragiles sur le bas-côté de la route.
Notre impact sur la Terre vient de sa surexploitation et de sa rupture avec Dieu dans un total irrespect des Hommes et des animaux. Il est très facile de détruire, très simple. En deux secondes on ravage une forêt, on coupe des centaines d’arbres qui ont mis des centaines d’année à pousser. C’est vraiment très simple, les arbres en plus ils ne disent rien tout comme les animaux qui sont sans défense face à un homme armé. Les plus pauvres ne peuvent pas non plus se rebeller.
Etre non-violent pour vivre avec notre Terre, tous ses habitants c’est les respecter et les protéger, c’est nous respecter et protéger le plus faible, le plus petit, le plus pauvre sans voix ni défense.

Sur cette façon non violente de vivre, je voudrais vous présenter un film que j’aime énormément, particulièrement fort, extraordinaire sur notre crise écologique : le film d’animation de l’année 2000 Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki. Une pépite de par son scénario et de par son message.
Un prince Japonais Ashitaka vit dans un petit village qui voit arriver un jour un énorme sanglier hurlant sa violence, visuellement exprimée par Miyasaki par des gros vers sanglants et étouffant ce sanglier. Ce jeune prince combat pour protéger son village mais pendant qu’il combat il contracte aussi de la violence sur son bras, des gros vers rouges qui se réaniment chaque fois qu’il est en colère. La chamane du village dit à ce prince qu’il faut qu’il quitte son village pour se débarrasser de ce sort car il se passe quelque chose de de grave et de mauvais quelque part. Il quitte donc son village avec son cerf.
Il rencontre une femme qui exploite la forêt pour fabriquer du minerais d’acier en utilisant des femmes prostituées pour actionner les hauts-fourneaux de son usine. Cette femme crée une guerre contre les sangliers qui veulent protéger leur forêt et l’Esprit de la forêt représentée par un cerf à plusieurs bois : un personnage magnifique dessiné par Hayao Miyazaki. Mais cette femme est en guerre contre une autre femme, la princesse Mononoké, qui veut la tuer pour libérer les sangliers et vivre seule avec eux et l’Esprit de la forêt. Le prince s’immisce dans cette guerre en s’engageant de façon non-violente contre chacun des belligérants. Je ne vous dévoile pas la fin ! Découvrez ce film magnifique et très engagé de Miyazaki.
Le 2ème est aussi un film d’animation de Girerd : La prophétie des grenouilles. Autre film d’animation qui traite de la cohabitation raisonnée au sein des membres de la Terre. Au colloque des grenouilles un jour, est demandé à chacune d’évaluer le nombre de jours de pluie à venir. La rencontre est grave. Combien de jours va-t-il pleuvoir, va-t-il y avoir un déluge ? Eh bien oui, assurément : il pleut des jours et des jours, un vrai déluge. Notre trio humain, un petit garçon, son grand père et sa femme africaine, va transformer la grange et ses animaux en bateau flottant et vont embarquer tous les animaux de la ferme dedans et des tonnes de pommes de terre pour survivre. S’en suivent là aussi de folles péripéties entre les carnivores, les herbivores, et les humains en présence. Je ne vous dévoile pas non plus l’issue de ce film, mais il est profondément là aussi dédié aux adultes. Sur
Celui de Mayasaki est particulièrement écrit en direction des adultes. Je déconseillerais Princesse Mononoké aux petits car il y règne une violence forte, un combat de la non-violence contre la violence. Parce qu’il n’élude pas la violence, Miyazaki exprime avec plus de force que la non-violence est la seule solution pour vivre tous en frère et en sœur avec la Création.
Ce film puissant, en 2000, a été une vraie révélation pour moi pour m’engager dans l’Église pour la protection de Création, des Hommes, des animaux et des végétaux en plaçant avec soin les minéraux dans leurs vies. M’engager de manière non-violente.
Avec Pax Christi dans un premier temps puis avec le service écologie intégrale de notre diocèse.

J’aime à trouver aussi les documentaires sur les animaux et sur la nature qui, d’une manière générale expriment toujours les côtés positifs que les scientifiques et bénévoles mettent en œuvre pour protéger et préserver le Vivant. C’est extrêmement vivifiant pour mon moral et mon énergie. Partout, aujourd’hui des hommes et des femmes se lèvent tous les matins pour aller étudier qui une fleur, qui un animal, qui une région, qui un arbre, qui une tribu qui maintiennent vivante, qui protègent notre belle Terre.
Maintenir vivante mon Espérance et agir ainsi est bien ce à quoi je suis appelée. Faire et dire tout ce que l’on peut pour la sauvegarde de notre terre et tous ses habitants est ma pensée la plus forte. Individuellement et collectivement pour moi, c’est l’urgence aujourd’hui.
Pour finir, on peut agir seul par tous les petits gestes que vous connaissez au quotidien, en associations civiles et en Église. Concrètement, sur le diocèse, vous pouvez vous engager avec votre paroisse ou votre doyenné pour vous mettre en route dans une démarche d’écologie intégrale avec l'outil Église verte.
Il en sera alors que plus de paix et de douceur dans ce petit coin du monde.
Mais faisons vite, ça chauffe comme disait l’ADEME en 2004.
Anne Camelot




