Accompagner des catéchumènes : témoignage d’Éléna jeune confirmée
Je m’appelle Éléna, j’ai 19 ans, et je suis accompagnatrice des catéchumènes à Vesoul. J’ai reçu le sacrement de la confirmation en mai dernier […].
J’ai grandi dans une famille dite croyante, c'était plus par tradition, à part pour ma mère qui elle était pratiquante. Malgré tout, presque toute mon enfance, j'étais dans des écoles catholiques et j’ai eu un peu de catéchèse. On a toujours beaucoup déménagé donc on ne s'est jamais trop attachés à une paroisse, on n’était pas investis.
Petite j’avais ce grand désir d’être pieuse et de connaître cet amour du Christ, de comprendre ce qui anime les croyants, ceux qui le servent, de voir enfin ce qu'ils percevaient mais qui me restait inconnu.
J’ai reçu le baptême et fait ma première communion à 10 ans mais s’en est suivi une longue période de désert spirituel. […] À la maison c’était compliqué […]. Je ne comprenais pas, […] c’était comme si Dieu m’abandonnait. J’ai donc perdu totalement la foi. Ainsi jusqu'à mes 17 ans, je faisais un peu n’importe quoi avec ma vie, j'étais perdue, je n’avais pas forcément les meilleures fréquentations et j’étais très éloignée de Dieu. […]
J’ACCEPTE D’ALLER À LA MESSE
Tout ça a ‘’re’’commencé ainsi : En fait, je vivais avec ma mère et elle allait à la messe tous les dimanches, elle m’incitait à y aller mais moi j'avais ce souvenir erroné de la messe de ma petite enfance. C’est-à-dire quelque chose de très long et où on ne comprend rien. Alors je n’y allais pas et pour moi de toute façon Dieu n’existait pas, comme ça, ça simplifiait tout.
Mais un jour, j’accepte d’accompagner ma mère. Je suis la messe comme je peux, je ne savais plus quand il fallait se lever etc. Je suis restée bien évidemment à côté de ma mère, elle qui se mettait toujours à la même place, au fond de l'église […] derrière un pilier, place qu’elle aimait particulièrement à cause d’une lumière provenant d’un vitrail et de la vue directe sur le crucifix. Comment dire… pour la personne non-initiée que j’étais, j'avais déjà du mal à suivre alors là sans rien de visuel pour me repérer, j’étais encore plus perdue […] mais il y avait quelque chose qui m’intriguait.
A la fin de cette messe ma mère me demande directement si je veux faire ma confirmation. Alors au début j’essaie de refuser un peu gentiment, parce que c’était très loin pour moi et d’abord je me suis dit : “Ah oui c’est vrai que ça existe”. Et puis, je me suis dit que je n’y avais rien à y perdre au final, c'était l'occasion d’en apprendre plus, et puis concrètement on verra !
Je me suis dit que peut-être je comprendrais ce que je ressentais petite et j’avais ce désir de découvrir et d’apprendre, alors voilà comment j’ai commencé mon parcours vers la confirmation.
Les mois passent, je trouve ça intéressant même si je mesure la distance qu’il me reste à franchir pour entrer dans l’intimité de Jésus. […] À l’époque on ne peut pas dire que j’avais la foi, je n’allais pas à la messe sauf pour les rencontres du parcours, je ne priais pas, pour moi c'était quand même très lointain. Je faisais quand même partie d’un groupe “étudiants jeunes/pros” de la paroisse, c'était intéressant mais je voyais très bien que je ne vivais pas ce qu’eux vivaient. […]

COMME UN DÉCLIC
Mais un jour, lors d’une journée diocésaine, il y a eu comme un déclic. C’était la journée sur la miséricorde, alors ça m’a particulièrement touchée et parlé, à moi avec ma vie un peu désordonnée, mes sorties, et mes erreurs.
Tout au long de la journée, j’ai trouvé ça intéressant, et très vite j’ai ressenti le besoin de lire la Bible. À un moment, on devait changer de lieu et j’en ai profité, j’ai filé, droit, directement acheter une bible. […]
Et donc cette journée sur la miséricorde s'est terminée avec la possibilité de recevoir le sacrement de la réconciliation, autrement dit la confession. C’était un moment très fort, qui m’a fait réaliser que ce que je faisais dans ma vie ça n’allait pas, […] et que je devais me remettre sur le bon chemin.
Le soir même, j’étais dans ma chambre et j’ai vraiment fondu en larmes, et c’est vraiment là que j’ai réalisé, que j’ai compris que quelque chose avait changé en moi, et en vérité tout avait changé. J’avais envie de comprendre et de croire.
Le lendemain la première chose que j'ai faite, c'était chercher désespérément ma médaille de baptême et une croix que l’on m’avait offerte.
Puis tout est allé si vite, les semaines qui ont suivi j'étais à la messe le dimanche, puis chaque jour où je le pouvais. Puis je cherchais dans les activités proposées, et j’ai vraiment commencé à voir cet amour infini de Dieu pour nous et plus le temps passait plus j'avais soif de savoirs, de connaissances et plus tout me semblait limpide et clair. Je cherchais comment prier, des méthodes, des astuces, etc … parce que je ne savais absolument pas et j’avais peur de faire un peu n’importe quoi.
Je discutais aussi avec les prêtres et des amis chrétiens sur mes questions et je cherchais des réponses. Je me suis littéralement plongée dans la Bible, dans le Catéchisme de l'Église Catholique et dans d’autres textes, je voulais toujours en savoir plus. Et plus j'apprenais […] plus ça fortifiait ma vie spirituelle.
C’est comme si un monde nouveau s’ouvrait à moi, un monde qui était là depuis le début mais que j'évitais sans doute inconsciemment.

J’ÉTAIS ENFIN DE RETOUR CHEZ MOI
Avec les messes et les activités, j’ai rencontré beaucoup de personnes, et j’ai réellement pu voir l’amour de Dieu de manière très concrète. J’ai découvert ce qu'était une communauté et ai redécouvert la messe. Ce n'était plus ce souvenir biaisé que j’avais, mais c’était beau, une rencontre vivante avec le Christ. […]
C'était un changement assez radical, au début c’était assez perturbant, toutes mes pensées allaient à Dieu, et je ne voyais pas comment je pouvais me passer de lui, comment continuer la vie que je menais avant.
Mais j’avais l’impression d’être à présent à la bonne place, sur le bon chemin, et enfin là où je devais être. C'était comme si j'étais enfin de retour chez moi après un long et rude voyage.
De fait, je suis devenue plus impliquée, j’ai commencé à participer à de nombreuses activités et à m’engager aussi et là tout a pris sens, également grâce aux rencontres du groupe de confirmation. On pouvait échanger, poser nos questions, partager nos ressentis […].
Le parcours catéchuménal ne se réduit pas simplement un apprentissage intellectuel de la foi, mais c’est un chemin de conversion du cœur. Il invite chacun de nous à se tourner vers Dieu, à se laisser transformer par sa grâce et à répondre à l'appel de la sainteté. Le catéchuménat est un moment propice à l'écoute de l'Esprit Saint et à la révision de sa vie à la lumière de l’Évangile. […]
Donc, à partir de ma conversion, j’ai grandi dans tous les domaines de ma vie et malgré les épreuves j’arrivais à avancer avec confiance et beaucoup de personnes m’ont exprimé leur étonnement vis-à-vis de ce changement. “Il s’est passé quelque chose, on ne sait pas quoi, mais ça se voit !” me disait-on.
[…] Ce n’est pas toujours linéaire, mais plutôt marqué par des moments de doutes et ça n’est pas forcément facile mais il faut avoir confiance et se laisser porter.
QUELQUES « CONSEILS »
Si j’avais vraiment un conseil à donner : déjà tout au long de votre parcours vers les sacrements et au long de votre cheminement spirituel, ça serait de prendre des notes. Ça nous aide dans la relecture, une chose très importante. Et personnellement j’ai regretté à posteriori, de ne pas avoir pris plus de notes. Il y a des choses que l’on oublie ou qui ne nous semblent pas avoir une telle importance mais rien qu’en relisant, à un moment les choses commencent à prendre sens et apportent une sorte de cohérence dans notre cheminement. […]
Il faut oser aller vers les autres, participer à des activités que ce soit dans vos paroisses ou à l’échelle du diocèse. Vraiment, ça porte du fruit, et vous allez rencontrer du monde, ça va vous donner une force nouvelle et un appui pour votre foi. Je ne dis pas que tout devient plus simple, mais par autrui, nous voyons l'œuvre de Dieu dans le monde.
C’est comme ça que j’ai fait mes plus belles rencontres, et c’est grâce au contact de nos aînés dans la foi que nous apprenons le plus.

À travers ce parcours vous avez la chance d’être avec d’autres personnes et de cheminer ensemble vers les sacrements. […] Grâce aux journées diocésaines vous avez vraiment cette occasion pour vous rencontrer et vivre des moments forts. Alors même si aller vers les autres n’est pas forcément facile au début, et je m’y connais bien, j’étais toute timide et je n’osais pas, il faut apprendre à franchir le pas. […]
Mais ce qui doit être également premier, c’est de nourrir sa relation avec Dieu et pour ça, la prière. Alors pareil, ça n’est pas forcément chose facile, on n’a pas forcément les mots, on se borne par peur de se tromper. Mais vraiment, il faut ouvrir nos cœurs et être sincères, “c’est en essayant et en s'exerçant que l’on progresse” comme on le dit souvent. Et puis le Seigneur, il connaît notre cœur, il comprend nos intentions même si nous ne savons pas toujours y mettre les formes. […]
LES SACREMENTS COMME UN DÉBUT
Les sacrements ne sont pas une fin en soi, ils ne sont qu’un début, d’où le terme d’ “initiation à la vie chrétienne”.
Il faut voir ce parcours non pas simplement en tant que préparation aux sacrements mais comme une initiation à la vie chrétienne dans la grâce des sacrements, et ça c’est vraiment important.
[…] Le parcours vers les sacrements est une étape, mais l’objectif ultime est de devenir un chrétien pleinement engagé, transformé par la grâce et prêt à vivre selon l'exemple du Christ, en vivant notre chemin de foi pleinement, avec confiance, persévérance et ouverture, en nous rappelant que la vie chrétienne est un chemin d’amour et de lumière, qui se fait dans l’accompagnement mutuel et la rencontre avec le Christ par son corps, soit l’Eglise et le peuple de Dieu.




