L'Abbé Coutteret, martyr de la Résistance
(dernière mise à jour 12/11/25)
Ci joint quelques documents fournis par Roland Poncet.
Cette page sera enrichie régulièrement par de nouveaux apports.
N'hésitez pas à la consulter régulièrement pour bénéficier des mises à jour.
A la suite des documents, l'article publié dans "Les Vallées" n° 139 / Automne 2025 qui contenait une erreur. En effet, la statue de la Vierge de Fatima a été érigée dans l'église de Buffard, selon la volonté du Père Coutteret, et non pas dans l'église de Lombard.
Livret hommage édité en 2006 pour la fête des mères (transcrit progressivement)
Camp de déportation de Neuengamme
Article Est Républicain 16 Juin 1990
Article Est Républicain 25 Avril 2004
Déroulé Cérémonies 25 Avril 2004
Article Est Républicain 31 Août 2007
Article Est Républicain 6 Septembre 2007
Hommage maire de Lombard 2 Septembre 2007
Article Est Républicain 4 Mai 2009
Vierge de Fatima - Eglise de Buffard
L'abbé Germain Couteret, martyr de la Résistance (1912–1945)
« Avant tout, par-dessus tout, il restera le prêtre qui réconforte, qui relève, qui console, qui absout. »
Prêtre, résistant, martyr de la charité
Le 3 mai 1945, au camp de Ludwigslust, en Allemagne, l’abbé Germain Coutteret rend son dernier souffle, au lendemain de la libération du camp. Prêtre du diocèse de Besançon, curé de Buffard, il avait 33 ans. Jusqu’au bout, il aura partagé le sort de ses compagnons de captivité. Il est donc "mort libéré".
Une vocation née dans une foi simple
Germain Coutteret naît le 2 novembre 1912 à Lombard (Doubs), dans une famille paysanne profondément chrétienne. Très tôt, il montre une attirance pour la foi, les sacrements, et le service de l’Église. Il entre au petit séminaire de Besançon en 1924 où il fait ses études secondaires avant d'entrer en 1932 au séminaire de philosophie de Faverney. Il est ordonné prêtre en 1939.
En juillet 1939, à la veille de la guerre, il célèbre sa première messe à l'église de Buffard suivie d'un repas dans la grange familiale, entouré des siens et de ses amis. Un moment inoubliable pour ceux qui y assistèrent. Mais très vite, la guerre le rattrape.
Entre obéissance et résistance
Mobilisé, puis réfugié en Suisse après la débâcle (camps de Gstaad, Münchenbuchsee, Kernenried), il est rapatrié en 1941 (étant prêtre, il n’était pas soldat) et nommé vicaire-économe à Buffard.
De 1941 à 1943, en pleine guerre, il exerce son sacerdoce avec dévouement, gentillesse, amour de son prochain, et en particulier pour les plus démunis, pour celles et ceux que le chagrin frappe de plein fouet, ce qui laisse présager une bonté d’âme et une force intérieure hors du commun.
Bien entendu, en cette période particulièrement troublée, il va être confronté à des sollicitations de toutes sortes, auxquelles il répondra. Pour résister contre l’ennemi.
Le 31 août 1943, il est brutalement arrêté par la Gestapo, emmené en side-car, accusé d'avoir donné une soutane à un aviateur américain dont l’avion avait été abattu en Bretagne. Le soldat essayait de rejoindre la Suisse mais il fut découvert par l’occupant, sous ce déguisement.
L’abbé Coutteret est alors incarcéré à la Butte à Besançon, puis transféré en Allemagne (il est enchaîné dans le train avec Paul Kern de Liesle; ils se retrouvent avec le Marquis Lionel de Moustier, Conseiller Général, et son fils Guy).
Le prêtre des camps
Commence alors une longue descente dans l’horreur. Après la prison, il passe par les camps de Neuengamme, Fallersleben, puis Wöbbelin près de Ludwigslust. Il souffre, mais ne se plaint pas. Il écrit. Il prie. Il console. Il partage son pain.
Pourtant l’abbé Coutteret aurait eu l’occasion de fuir ce destin, en particulier lorsqu’il procédait à des déminages à Noisy le Sec. Là, une très grande dame de la Résistance, Emilienne Pergaud, de Quingey, l’avait reconnu. Mais il voulait rester avec ses compagnons de galère, sa "nouvelle paroisse".
Ses carnets, tenus au jour le jour, témoignent d’une foi d’une force bouleversante. Le 19 janvier 1945, il écrit qu’il offre tout par amour pour Dieu, pour ses compagnons, pour sa mère. Car c'est bien l'enfer que va connaître cet homme qui aime Dieu de toute son âme. Il n’a qu’un seul but, soulager les autres alors que lui-même connaît les mêmes tourments : la faim, la chaleur, le froid, la promiscuité, l'absence d'hygiène, la peur, la maladie, l'épuisement, les "coups de schlague".
Malgré ces privations, il partage sa maigre pitance, n'hésite pas à intervenir à ses risques et périls auprès des geôliers pour rendre l'enfermement moins dur, accompagne les mourants jusqu'à leur dernier souffle. Il confirme un trait de caractère connu de tous depuis son plus jeune âge : l'amour des autres, "un exemple vivant des plus hautes vertus sacerdotales".
Ses dernières paroles, recueillies par Paul Kern, sont pour sa mère, qu’il aimait profondément, et pour la Vierge Marie.
Il meurt le 3 mai 1945 à l’âge de 33 ans, au camp de Ludwigslust (zone soviétique), où les nazis l’avaient transféré en hâte, à l’approche des forces alliées, qui découvrent alors avec sidération l’horreur des camps.
Une croix de bois fut posée sur sa tombe, avec cette inscription :
Ici repose
L’abbé Germain COUTTERET,
Prêtre du Christ, Fils de France,
Curé de Buffard (Doubs)
Mort le 3 mai, le lendemain de la libération,
Victime de la barbarie allemande.
(On dirait aujourd’hui à juste titre : victime de la barbarie nazie !)
Une grande dévotion mariale
L'abbé Couteret vénérait la Vierge Marie.
Lorsqu'il revient en France en 1941 à Buffard, il émet le voeu qu'une Vierge soit mise à un endroit de telle façon qu'elle regarde Buffard et Champagne sur Loue. Les jeunes l'ont fait après guerre au lieu-dit "La Founey".
Le 19 janvier 1945, il consigne dans son carnet qu'il se promet à son retour d'ériger dans son église de Buffard une chapelle dédiée à Notre Dame de Fatima. En effet, il avait une dévotion pour toutes les apparitions de la Très Sainte Vierge sur la Terre, et celle de Fatima l'avait profondément marqué, notamment lorsque la Vierge avait montré aux enfants l'Enfer : une mer de feu avec les démons. Une nuit, il entend des enfants chanter dans son église de Buffard. Il écrit dans ses carnets : "pendant sommeil, entendu comme voix, d'enfants chantant litanies (fête des mères) à Notre Dame de Fatima, se trouvant dans l'église de Buffard, devant le Sacré Coeur et Coeur Immaculé de Marie".
Ce voeu sera exaucé le 2 septembre 2007 où une statue de Notre Dame de Fatima est érigée dans l'Eglise de Buffard en présence de l'archevèque de Besançon, Monseigneur Lacrampe.
Une mémoire vivante
En 2006, un livret hommage de 40 pages, enrichi de témoignages, extraits de carnets, et documents historiques, fut publié à l’occasion de la fête des mères avec la collaboration précieuse de Gaby Dalmau. On y découvre la richesse intérieure de ce prêtre, la fidélité indéfectible à sa mission, et le bouleversement de ceux qui l’ont connu. Les anciens jeunes de Buffard se souviennent de lui comme d’un père exigeant et aimant.
Pour ne pas oublier
Une transcription partielle de ses carnets, rédigés au crayon dans les camps, a pu être sauvée. Ils sont aujourd’hui un trésor de foi et de résistance intérieure.
Sa famille repose à Lombard.
Une figure à redécouvrir
En ces temps de confusion, l’exemple de l’abbé Germain Coutteret nous rappelle qu’un prêtre n’est jamais plus grand que lorsqu’il se fait tout petit, fidèle jusqu’au bout, au milieu de la boue, de la misère et du froid. Il ne s’est pas battu pour des idées, mais pour l’amour de Dieu et de ses frères.
Son nom pourrait être honoré un jour, peut-être, comme martyr de la charité, et son souvenir transmis aux jeunes générations comme un appel à une vie offerte, enracinée dans l’Évangile.
Roland PONCET
"Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime."
Evangile selon Saint Jean 15,13




