Apocalypse Now
Apocalypse : dévoilement
Dans le langage courant, apocalypse est devenu synonyme de catastrophe majeure. En grec, le mot signifie simplement « dévoilement ». Le livre de l’Apocalypse se présente comme une révélation que Jean, serviteur de Dieu, a reçue par l’intermédiaire d’un ange. Il consigne par écrit le contenu de ses visions et des consignes données par Jésus Christ lui-même. Dans la mesure où une partie de ces visions décrit des événements violents, le terme « apocalypse » a pris ultérieurement ce sens négatif.
Le titre du livre de l’Apocalypse a aussi été employé pour décrire un genre littéraire que l’on peut retrouver dans d’autres livres bibliques, donc plus anciens (Is 24-27, Daniel, Zacharie), mais aussi dans la littérature dite « intertestamentaire[1] ». La littérature apocalyptique se caractérise par la richesse des images et des descriptions, l’usage d’un vocabulaire symbolique et l’ampleur cosmique de ses récits. Le genre apocalyptique doit être distingué du genre eschatologique. L’eschatologie s’occupe de la fin du monde mais n’en parle pas forcément en termes apocalyptiques (par exemple en 1Co 15). Il y a également des descriptions apocalyptiques qui ne concernent pas la fin du monde (par exemple lors de la mort de Jésus en Mt 27, 51-57).
Comment lire l’Apocalypse ?
Il est très probable que le livre de l’Apocalypse ait été écrit pour encourager les communautés chrétiennes soumises aux persécutions des autorités de l’empire romain. Vues sous cet angle, les scènes du livre assurent de la victoire finale de Dieu et de ceux qui lui appartiennent sur les puissances humaines qui s’opposent à l’Église naissante.
La tradition identifie le narrateur du livre (Jean) à l’apôtre du même nom, ainsi qu’à l’auteur du quatrième évangile. Le style et la théologie de l’évangile selon Jean et de l’Apocalypse sont très différents. Le fait de mettre un livre sous le nom d’un apôtre est une façon de revendiquer un héritage spirituel et de donner une certaine l’autorité à ce qu’on a écrit.
Mais la valeur de ce livre ne tient pas simplement à son contexte de rédaction. S’il appartient à l’Écriture sainte, c’est que l’Église reconnaît que son auteur a travaillé sous l’inspiration de l’Esprit Saint. Nous sommes donc invités à le lire en invoquant ce même Esprit. Ce qui était valable pour les chrétiens persécutés de la fin du Ier siècle est toujours vrai aujourd’hui. Plus précisément, la mort et la résurrection du Christ inaugurent les temps nouveaux. La victoire du Christ sur le mal et la mort est acquise, même s’il faut attendre son retour glorieux pour que le mal soit définitivement vaincu. Dans l’entretemps, la fin du monde a déjà commencé, les puissances du mal sont à l’œuvre avant leur anéantissement.
Il n’est donc pas surprenant qu’à chaque époque de l’histoire ont ait cherché à voir dans les événements du monde les signes annoncés dans l’Apocalypse. Pour aujourd’hui, la lecture de ce livre peut s’avérer stimulante, voire salutaire, pourvu qu’on ne se laisse pas trop désorienter par la riche imagerie qui se déploie au fil des visions. Les références à l’Ancien Testament sont omniprésentes, le récit parfois décousu. Toutefois le lecteur ne pourra que se féliciter de parvenir au deux derniers chapitres (21 et 22).
« Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous ! » (Ap 22, 21)
Emmanuel Barsu, prêtre
[1] Il s’agit de livres écrits entre le IIIe siècle avant et le Ier siècle après Jésus Christ non retenus dans la bible juive, ni dans la bible chrétienne, comme le livre d’Hénoch.




