Homélie du vendredi Saint — Escale Jeunes

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Homélie du vendredi Saint

Publié le 22/05/2020
Pourquoi la Croix ?

Homélie de ce vendredi Saint du père Pierre Imbert

En ce Vendredi Saint je n’ai qu’une question à nous poser : Pourquoi la croix ? Ou en clair, pourquoi fallait-t-il qu’il en passe par là ? Pourquoi disons-nous que la mort de Jésus sur la croix nous apporte le Salut. En quoi cela signifie-t-il que nous sommes sauvés ? 

    Bien évidemment il y aura la résurrection ! Et nous pourrions nous contenter de penser que la croix est le mal nécessaire au pendant de la résurrection. Après tout, pour ressusciter il fallait bien qu’il meurt. Mais, convenez que cela n’est pas satisfaisant. En tout cas, ce n’est pas suffisant car ça n’explique en rien “Pourquoi la croix ?”. Comprenez bien que s'il était mort autrement, le message du salut en ressortirait complètement différent. Le Christ n’est pas mort au fond de son lit, ni attaqué soudainement par une horde de brigands.

C’est pourquoi, nous nous posons la question du sens de la croix ; dans toute sa radicalité. En effet, au travers de l’histoire, nous en avons fait un bel objet de piété ; des pendentifs, des tatouages ou des crucifix accrochés au-dessus de nos lits. Je suis bien désolé de devoir vous rappeler qu’avant tout cela, la croix, c’est déjà un objet de torture. Et plus encore, elle est signe de malédiction ; car dans le livre du Deutéronome (21,23) il est dit : "Celui qui est pendu [au bois] est un objet de malédiction auprès de Dieu". Le Christ en cet instant est maudit. Autrement dit, il est plus que mort il est à l'opposé de ce qu’il pouvait proposer de la vie en Dieu. Tout son discours, son parcours et son message d’amour est ainsi désavoué par les hommes ; par la loi et plus encore, par ce Dieu qu’il nommait père et qui donne la loi. Voilà la radicalité de la croix ! C’est la fin. En aucun cas son message n’aurait dû être transmis à qui que ce soit. Or, ce message, si l’on devait se risquer à le résumer, se nommerait l’Amour. 

Cet Amour est opposé à ce que les plus fidèles pharisiens et les docteurs de la loi attendaient. Ils auraient sans doute préféré que cette amour ne soit destiné qu'à ceux qui savent le réceptionner, tous ceux qui s’en sont montrés dignes et pieux. Ceux-ci pratiquent leur religion pour pouvoir être sauvés. Ils se trouvent dépouillés devant la bonne nouvelle de cette appel. L’amour de Dieu est inconditionnel. C’est donc parce que l’on se découvre aimé que l’on peut s’engager à vivre sa foi. Ainsi tout est inversé et le point de départ initial c’est bien l’amour donné. Et cet Amour donné, est le Christ lui-même. 

Alors comment aurait-il pu faire autrement qu’en se donnant pleinement ? Nous voyons bien dans le récit de la passion qu’il y avait de nombreuses échappatoires. Il n’est pas mort si soudainement qu’il n’a rien vu venir. Il pouvait quitter Jérusalem, désavouer Juda, laisser Pierre dégainer son épée ou s'expliquer sur la méprise avec Pilate... Mais non ! Jésus n'enlève pas un yotat de son message d’Amour. 

Il fait le choix d’assumer pleinement le risque inhérent à cet amour inconditionnel. Le risque de l’amour c’est la possibilité du refus. Comprenez bien, s’il n’y a pas de refus possible c’est qu’il n’y a pas de liberté. Et s’il n’y a pas de liberté, c’est qu’il ne s’agit pas d’Amour. S’il n’existe pas la possibilité de dire non alors le Oui est vain et ne ressemble à rien. Ce pari fou de l’Amour c’est Dieu qui le prend. Il laisse à l’humanité la possibilité de le nier. Il va ainsi marcher jusqu’à la croix car il ne se ravisera pas. 

La croix c’est le don de l’Amour de Dieu à l’humanité. Ainsi, il y a désormais en lui, au cœur même de la trinité, la possibilité de nos refus et de nos égarements. Il a été jusqu’à porter son message d’amour en tout ce qu’il y avait de plus opposé à lui-même. Jusqu’à donner son fils. Pour que ni la mort ni la malédiction ne puisse désormais nous couper de sa promesse. 

Notre Salut c’est la Croix ; et la Résurrection en est la confirmation.

Amen

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